Un prix Ig Nobel pour l’effet placebo

Tous les ans à cette époque, depuis 1991, sont remis les prix Ig Nobel à des chercheurs méritants, pour couronner leurs travaux hilarants, désopilants, sidérants, décoiffants, ébouriffants… Le critère officiel n’est pas l’absence de sérieux, bien au contraire : le jury de la revue Annals of Improbable Research traque les résultats scientifiques « qui font rire, puis réfléchir ». Les dix prix Ig Nobel 2008 ont été décernés ce 2 octobre en grande pompe à l’Université de Harvard (Massachusetts). Le blog Autour des sciences donne un résumé en français du palmarès 2008.
J’ai un faible pour l’Ig Nobel de médecine, décerné à  Dan Ariely pour ses travaux relatifs à l’influence du prix d’un médicament sur son efficacité. Le chercheur a montré que des sujets invités à tester l’efficacité de deux antalgiques déclaraient que celui qui était présenté comme coûteux était plus efficace qu’un autre soi-disant acheté à vil prix. Cela alors que les deux cachets n’étaient en fait qu’un seul et même placebo. Docteur, c’est pour ça qu’on a du mal à généraliser les génériques ?

La pilule plus chère semble plus efficace

Cette expérience, publiée dans le JAMA (Journal of the American Medical Association), pas vraiment un fanzine, a été menée au MIT, selon un protocole rigoureux. 82 volontaires devaient noter la douleur infligée par des chocs électriques de 10 à 80 volts, avant et après la prise du soi-disant antalgique. Chercheur en psychologie cognitive, Dan Ariely se définit comme un spécialiste de l’irrationalité humaine, qui est d’ailleurs le sujet de son livre Predictably Irrational, traduit en dix langues mais pas encore en français.
Les travaux de Dan Ariely nous éclairent donc un peu plus sur le pouvoir de cet étrange mécanisme que l’on appelle l’effet placebo (en latin : « je plairai »), qui nous fait aller déjà mieux deux minutes après avoir avalé un comprimé qui n’a pas atteint l’intestin. Grâce à lui, l’homéopathie, toutes sortes de sorcelleries, de grigris « marchent » plus ou moins.
On parle moins de cet effet similaire, mais inverse, l’effet « nocebo » (« je nuirai », en latin). Celui qui peut faire croire qu’une antenne relais GSM nous ruine la santé avant même sa mise sous tension. Il est responsable de multiples « effets secondaires » déclarés, dans les essais cliniques de nouveaux médicaments, par des volontaires qui reçoivent à leur insu un placebo : somnolence, fatigue, troubles digestifs, maux de tête… 

L’alcool que l’on croit avoir bu rend violent

Une publication récente, d’une équipe française, en montre un aspect assez spectaculaire. Laurent Bègue, qui est professeur de psychologie à l’université de Grenoble, a imaginé une expérience assez sophistiquée, « randomisée en double aveugle », au cours de laquelle des volontaires absorbaient une boisson présentée comme plus ou moins alcoolisée. Le breuvage étant parfois conforme à la description, mais aussi parfois plus alcoolisé, parfois moins que prétendu. Tout cela est fort bien expliqué dans cet article de notre confrère Gilbert Charles de l’Express.
Conclusion de cette enquête : après avoir bu, les hommes ont un comportement agressif proportionnel à la quantité d’alcool qu’ils croient avoir bue, et non à la quantité qu’ils ont réellement absorbée. Voilà qui fait réfléchir… Est-ce que l’alcool serait un alibi plutôt qu’une cause de la violence ?

Posted on sam. 4 oct. 2008 by Registered CommenterPierre Vandeginste in | Comments11 Comments

La « vache fistulée » et meuh…

Un lecteur (merci, Pascal) me signale ce billet, sur le blog “Si Mao savait…”. J’y découvre des photos, surtout une vidéo, qui m’estomaquent, je dois le dire. Je n’avais jamais entendu parler de ces vaches cobayes portant sur leur flanc une ouverture permettant d’accéder à leur rumen (ou panse), ce pré-estomac qui équipe les ruminants.
Le sujet est traité sur le mode « beuark ». « Ils sont tombés sur la tête », titre le blogueur. Dans les commentaires de ce billet et ailleurs, on découvre surtout le discours de l’ami des bêtes caricatural. Les tripes parlent, elles trouvent ces images insoutenables. Elles présument la souffrance animale… Ceux qui font des trucs pareils sont des « savants fous »…
Pourtant, aucun indice ne laisse penser que l’animal souffre. Ne sachant pas compter, il n’a sans doute pas remarqué qu’il avait un trou de plus.
Se font entendre, tout de même, quelques voix plus sensées : « ça doit être utile à quelque chose, la vache n’a pas l’air de tellement souffrir… » C’est un peu comme ça que je vois la chose, moi. L’expérimentation animale, je n’ai rien contre. Je ne considère pas a priori que les chercheurs sont des sadiques.
Pour en savoir plus, j’appelle le service de presse de l’Inra (Institut national de la recherche agronomique). C’est quoi, cette histoire de vache avec un hublot ? Il paraît que vous en avez des comme ça à Theix, près  de Clermont-Ferrand. Ça sert à quoi au juste ? 24 heures plus tard, l’Inra n’a toujours aucune réponse à me donner. On me prendrait pour un pote de Brigitte Bardot ?

Une technique utile, banale, ancienne, indolore…


Pas grave, on trouve des tas de photos, de vidéos, et même d’infos sur les vaches fistulées, sur le web, surtout si on lui parle en anglais. Avec fistulated cow, la récolte est copieuse.
On découvre ainsi que quantité d’articles scientifiques relatent des manipes réalisées avec des vaches fistulées. Parce que c’est un outil rudement pratique pour étudier un phénomène très important. C’est dans le rumen des ruminants qu’a lieu la fermentation de l’herbe qu’ils broutent. C’est là qu’une flore variée de micro-organismes fait des miracles, comme transformer la cellulose en sucres, ou synthétiser des protéines qui n’existent pas dans l’herbe.
La chose se pratique un peu partout dans le vaste monde, depuis belle lurette. J’ai trouvé des publications mentionnant cette technique jusque dans les seventies, dont une datant de 1970. Mais on affirme sur ce blog qu’elle serait utilisée sur l’animal depuis 1833.
L’Inra n’est pas en reste, bien sûr. La preuve, sur le blog du collège Saint Hermeland de Boulaye (près de Nantes), on trouve une photo de vache fistulée prise à l’Inra en avril dernier sur le site de Theix, près de Clermont-Ferrand, au cours d’un voyage d’élèves de quatrième en Auvergne. 

Posted on sam. 27 sept. 2008 by Registered CommenterPierre Vandeginste in | Comments14 Comments

Voiture électrique : EEStor fait plus fort que la meilleure batterie ?

La voiture électrique n’en finit pas d’arriver. Ça coince au niveau de la batterie. Les meilleures disponibles, « au lithium », sont trop chères, trop encombrantes. Leur prix permet d’envisager de superbes bolides de luxe comme la Tesla Roadster, qui promet le 100 Km/h départ arrêté en moins de quatre secondes. Mais pour la voiture de Monsieur (et Madame) Tout-le-monde, on attend de nouvelles variétés de batteries, moins chères et plus compactes.

En plus, même les meilleures batteries ont deux gros inconvénients. Primo elles supportent un nombre réduit de « cycles ». L’ordre de grandeur est le millier. Cela signifie qu’après avoir été chargée et déchargée mille fois environ, après mille « pleins », une batterie est bonne pour le recyclage. Ce qui en fait un coûteux consommable, plutôt qu’un réservoir. Secundo, ces batteries ont un temps de charge long : de l’ordre de l’heure, cinq minutes au mieux. Et les charges partielles abrègent leur existence.

Il y a un troisième petit défaut à signaler : elles sont lentes au démarrage. Quand on appuie sur le champignon, une batterie est incapable de fournir instantanément tous les ampères dont on a besoin pour démarrer. C’est pourquoi toutes les voitures électriques comportent un accessoire important : un très gros condensateur ou supercondensateur.

Un condensateur stocke l’électricité directement, sous forme de charges électriques et le restitue instantanément. Il se charge en une seconde. Et on peut le charger et décharger à la louche un million de fois. Mais alors, un supercondensateur, ce serait un peu comme une batterie, en bien mieux ? Dans ce cas, pourquoi on n’équiperait pas les voitures électriques d’un supercondensateur, plutôt que d’une batterie ? Il est où, le hic ?

Le bémol est dans la « densité d’énergie ». Un supercondensateur stocke bien moins de Wh par kilo (et par litre) qu’une bonne batterie.

Sauf que…


Sauf qu’il se passe – peut-être – quelque chose d’énorme à Cedar Park, au Texas. Là-bas, une intrigante entreprise nommée EEStor explique au monde qu’elle serait en mesure de commercialiser bientôt un « Electrical Energy Storage Unit » (EESU), offrant une densité d’énergie trois fois supérieure à celle des meilleures batteries au Lithium sur le marché. Trois fois… Inutile de préciser que bon nombre d’observateurs sont sceptiques.

Peu de détails ont filtré. Les observateurs parlent de supercondensateur, mais il pourrait s’agir d’une technologie mi-chèvre, mi-chou. Le matériau essentiel serait du titanate de baryum, isolé par de l’oxyde d’aluminium. Les spécialistes des matériaux voient mal comment cette recette pourrait déboucher sur les performances annoncées.

Quelques indices, pourtant, laissent penser que cette affaire pourrait être sérieuse. Pièce à conviction numéro un : ZENN Motor, une entreprise canadienne de Toronto, actionnaire de EEStor, annonce la sortie des premières voitures électriques équipées d’un EESU pour l’automne 2009. 130 Km/h, 400 Km d’autonomie. « Pas cher », disent-ils, ce qui est un peu vague.

Pièce à conviction numéro deux : parmi les investisseurs de EEStor, figure la firme de venture capital Kleiner Perkins Caufield & Byers, qui n’est pas réputée pour placer ses billes sans regarder où elle met les pieds.  

Pièce à conviction numéro trois : Lockheed Martin, le géant de l’aéronautique et de l’armement, a signé un deal avec EEStor pour l’utilisation de son EESU dans des applications militaires. Son communiqué de presse est dithyrambique… Il annonce un coût par kWh stocké deux fois inférieur à celui d’une batterie classique. EEStor aurait attrapé cette mouche avec du vinaigre ? 

Pièce à conviction numéro quatre : la très sérieuse Technology Review ne craint pas de consacrer des articles à EEStor, même si c’est en affichant une prudence de principe. 

De deux choses l’une, donc. Ou bien EEStor a mené en bateau une jolie brochette d’investisseurs et observateurs. Ou bien EEStor a inventé le successeur de la batterie, et du même coup la source d’énergie portable qui va révolutionner les transports. Et bien d’autres choses.


Posted on mar. 9 sept. 2008 by Registered CommenterPierre Vandeginste in | Comments64 Comments

Leçon de (petit) chose

Il y a des mecs qui sont super fiers de leur engin. Ils n’ont jamais rien vu. Pour commencer, il y a des baleines qui en ont un de plus de trois mètres. Alors franchement, la ramener pour quelques petits centimètres… Ajoutons que la plupart des mammifères, et même des primates, ont un os dedans (un baculum), pour assurer à coup sûr. Voilà qui remet encore une fois l’homme à sa place : en descendant de l’arbre il a inventé le langage articulé et le pénis mou. Enfin, les serpents, notamment, en ont deux.
Plus grave, notre unique petit outil ramolli est d’une déconcertante rusticité. Papilio xuthus, un joli papillon, a des “yeux” au bout de la queue, lui. Oui, celle que vous avez en tête. Enfin, disons plutôt des sortes de cellules photoélectriques, comme il y en a dans les ascenseurs pour commander la fermeture des portes. Ça lui sert à être sûr que le truc est bien en place chez la dame. Pratique, non ?
Plus banal, les mouches et d’autres insectes ont un hypopyge, bidule complexe doté d’une pince destinée à s’arrimer solidement sur l’abdomen de la belle. De quoi on a l’air avec notre machin tout bête ?
Enfin, que diriez-vous de cet ustensile à double action, dont héritent des libellules et autres iules, doté d’appendices latéraux permettant, avant de planter ses choux, d’astiquer l’endroit, plus précisément d’aspirer la semence de la concurrence qui serait passée devant ?
Faut-il être jaloux de ces artilleries exubérantes et accessoirisées ? Ou au contraire se féliciter d’avoir hérité d’un instrument sans prétention mais élégant, pour tout dire simple et de bon goût ? Chez l’homme, après tout, les accessoires du sexe sont à l’intérieur, dans la tête.

Posted on ven. 8 août 2008 by Registered CommenterPierre Vandeginste in | Comments9 Comments

Australie, terre de tous les venins

Un sujet de saison inspiré par mon article sur Ces sales bêtes qui nous pourrissent l’été, que l’on peut encore lire dans le numéro de Marianne paru samedi dernier, 26 juillet. C’est une sorte de curiosité zoologico-géographique, l’Australie collectionne les animaux venimeux. Elle détient même des records. Le serpent le plus toxique ? C’est le taïpan du désert (Oxyuranus microlepidotus). Son venin suffirait à tuer cent personnes adultes, bon poids. Il vit en Australie. Il a là-bas tout plein de collègues également dotés de glandes à venin efficaces (notamment le serpent tigre, Notechis ater et N. scutatus), ce que l’on résume généralement en affirmant que sept (voire huit) des serpents les plus venimeux de la planète vivent en Australie. On ajoute généralement que cette région du monde est la seule où la majorité des espèces de serpents sont venimeuses.
 L’araignée la plus féroce ? Atrax robustus, même adresse. Regardez-là bien, elle mérite sans discussion l’appellation mygale. Pour faire bonne mesure, on croise dans cette même contrée une autre araignée venimeuse proche de notre veuve noire, mais en plus dangereuse encore : la veuve noir à dos rouge (Latrodectus hasselti). Comme son nom l’indique, elle est passablement reconnaissable.
  Ça ne s’arrange pas en mer. Attention au poisson-pierre (Synanceia verrucosa). Cette rascasse est le poisson le plus venimeux du monde (jolies photos ici). La douleur est atroce, et il vaut mieux être pris en charge, et même hospitalisé fissa. Attention à ne pas mettre les pieds, non plus, sur l’un de ces cônes (Conus geographus, C. striatus, C. tulipa et quelques autres) capables de vous infliger à l’aide de leur harpon une piqûre franchement mémorable, si l’on survit.

Toujours chez les mous, l’Australie trouve le moyen d’abriter le poulpe qui tue. D’une manière générale, y compris sur notre littoral, la morsure de poulpe est (un peu) vénéneuse. Pour s’en rendre compte, il faut vraiment les asticoter. Mais la pieuvre à anneaux bleus (Hapalochlaena lunulata, H. fasciata et H. maculosa), il vaut vraiment mieux ne pas l’enquiquiner. Son venin neurotoxique est cent fois plus efficace que celui du cobra. Il bloque la respiration. 

Mais dans l’eau, ce sont surtout les méduses que l’on craint, et pas pour rien. La championne toutes catégories est la guêpe de mer (Chironex fleckeri), que l’on ne conseille à personne de rencontrer. Sous un corps de 40 cm de diamètre, elle laisse filer 60 interminables tentacules de 4 mètres de long. Ses neurotoxines sont d’une efficacité redoutable. Elle peut tuer en quelques minutes, le paramètre essentiel étant la longueur de filaments en contact avec le corps. Au-delà de quelques mètres, le pronostic est sombre. Cette engeance a quelques collègues du même tonneau dans les parages. Comme la méduse d’Irukandji (Carukia barnesi), qui sévit sur la côte nord-est (Queensland). Et joue la discrétion. Sa taille est minime (2 cm), sa piqûre d’abord indolore. Mais après un bon quart d’heure elle fait passer… un sale quart d’heure.

Après tout, peut-on s’étonner de cette accumulation de bestioles empoisonnantes autour de ces terres, quand on sait qu’elles hébergent l’un des très rares mammifères venimeux. Un mammifère un peu demeuré, au demeurant, puisqu’il pond encore des œufs. Oui, l’ornithorynque. Chez cette espèce, le mâle est armé, il porte à la cheville postérieure une sorte d’ergot empoisonné.

Mais c’est quand on creuse un peu plus le sujet qu’il devient franchement amusant. Un intéressant renversement se produit. On découvre que le taïpan du désert vit… dans le désert, où il risque d’autant moins de tuer des gens qu’il est d’une timidité confondante. Ce qui fait dire aux spécialistes que pour se faire piquer par lui il faut absolument l’avoir cherché. Plus généralement, ces serpents les plus venimeux du monde, dont s’enorgueillit l’Australie, ne tuent pas grand monde. Un, deux, trois décès par an ? Ce n’est rien à côté, par exemple, de la Vipère de Russel, qui tue des milliers de gens chaque année, notamment au Sri Lanka, en Inde, Malaisie, Indonésie et jusqu’en Chine. Cela parce qu’elle n’a pas peur de l’homme. Elle traîne jusqu’en centre ville, et en cas de rencontre, elle attaque au lieu de se carapater.

Le poisson pierre ? Tout le monde sait le reconnaître et le fuit comme la peste. Les cônes ? Les rares accidents impliquent des plongeurs qui les cherchent, c’est peu de le dire, parce que leur jolie coquille est très appréciée des touristes. La guêpe de mer ne parvient même pas à zigouiller un humain par an, tout simplement parce qu’elle est surveillée, repérée, signalée, et qu’on dispose d’un excellent sérum. Si les secours interviennent rapidement, la victime de Chironex fleckeri a toutes les chances de s’en tirer.

Pas de bébête vraiment dangereuse, finalement, en Australie ? Et bien si, il ont là-bas une terrible tueuse, responsable, bon an, mal an, d’une dizaine de cas mortels annuels. Elle s’appelle Apis mellifera, c’est la même gentille abeille qui produit le miel de nos tartines et pollinise nos plantations. Et elle a été importée d’Europe.

Posted on lun. 28 juil. 2008 by Registered CommenterPierre Vandeginste in | Comments9 Comments

Vidéosurveillance et intelligence

CCTV-240.jpgLe sujet a fait le tour des rédactions britanniques (BBC, Telegraph, VNUNet) : un projet de recherche mené à l’Université de Portsmouth se propose de mettre au point en trois ans une caméra de surveillance “intelligente” capable de s’orienter automatiquement vers… le crime ! Et de donner l’alerte, of course. Cela, on s’en doute, par la grâce de notre amie l’intelligence artificielle.
Exemple qui tue, livré par le communiqué de presse et repris ad nauseum : dans un parking, le bruit d’une vitre de voiture fracturée serait interprété comme tel par un logiciel et provoquerait illico la rotation de la caméra la plus proche en direction du forfait. Le même algorithme saurait interpréter des bruits de bagarre, tandis qu’un autre confirmerait la chose en analysant l’image. Merveilleux, non ?

Bizarrement, cette information sort lorsque le public british découvre que les caméras de surveillance, qui ont envahi leur quotidien comme aucun autre (une caméra pour 14 habitants), sont tout le contraire d’une baguette magique. Le très sérieux Guardian présentait par exemple le 6 mai dernier les conclusions d’un rapport officiel du Viido (Visual Images, Identifications and Detections Office), un service de New Scotland Yard, qui admet que les millions engloutis dans ces caméras n’ont pas rapporté grand chose. Ainsi, seuls 3%  des vols dans la rue à Londres ont été élucidés grâce à elles.

L’inefficacité des caméras largement démontrée

Aujourd’hui, le même Guardian enfonce le clou avec un article signé par le pape états-unien de la sécurité Bruce Schneier. L’inefficacité des caméras a été démontrée « again and again » (encore et encore), affirme cet expert réputé. Elles résolvent très peu de crimes et leur effet dissuasif est minimal. Pourquoi? Les raisons sont multiples, je vous les range dans trois tiroirs.

Les premières sont d’ordre technique — mauvais éclairage, définition trop faible… — on ne peut y répondre qu’en dépensant encore plus. Seconde catégorie : combien de flics regardent les 500 000 caméras de Londres ? Si une scène inquiétante est observée, combien de temps avant qu’une patrouille intervienne ? On met là le doigt sur le calcul initial : on a beaucoup investi dans le matériel, précisément pour économiser sur l’humain…

Et c’est là qu’intervient l’argument du logiciel “intelligent” : investissez encore un peu plus et on vous livre des yeux et des oreilles artificiels qui scruteront les images et la bande son de milliers de caméras, à la recherche d’indices, et alerteront les surveillants humains à la moindre anomalie.

Seulement voilà, il y a encore et surtout les arguments du troisième type. Bruce Schneier relève que « …les criminels ont tendance à ne pas regarder avec obligeance droit dans la caméra. » Les salauds ! Ce n’est pas tout : « Les meilleures caméras sont contrariées par les lunettes de soleil et les couvre-chefs. » Il est bien temps de le découvrir. Cerise sur le gâteau, figurez-vous que les caméras ne couvrent pas 100% des quartiers, même les plus chauds, et que… les voyous sont au courant ! Et jouent hors champ.

Le surveillé s’adapte à la surveillance

Surprise : le délinquant a un cerveau et s’en sert. Face à une mesure destinée à l’enquiquiner, il adapte son comportement. Ce qui est bête, c’est que les partisans de ces investissements massifs dans une technologie sécuritaire n’y pensent pas avant. Comment ? Vous dites ? … en fait ils s’en doutent, mais s’en foutent ? Le but visé serait surtout de donner l’impression de faire quelque chose ? Et d’offrir des contrats affriolants à des entreprises privées, de réduire les effectifs du service public. C’est vous qui le dites.

Et le coup de la « caméra intelligente » nous montre la suite du scénario. Du déjà vu. « Zut, notre première génération de bidules sécuritaires ne satisfait pas tout à fait le client. Pas grave, justement nous avons en magasin une nouvelle génération de la même camelote qui donnera toute satisfaction. » Comme si les voyous n’allaient pas apprendre à passer sous le nouveau radar aussi facilement qu’ils se sont moqués du précédent.

Voilà donc encore un bel exemple de technologie sécuritaire qui permet surtout d’attraper des « innocents ». Je veux dire : d’une part des gens qui n’ont rien fait de mal, qui verront par exemple débouler les keufs parce qu’une caméra soi-disant intelligente aura pris une esquisse de capoeira pour une castagne. Et d’autre part, sans doute, des voyous un peu neuneu, à la ramasse, pas fichus de s’adapter à la quincaillerie dernier cri de la maison poulaga. Génial.

Au fait, si je parle de tout ça, c’est parce que la France d’après, après avoir étudié le fiasco britannique, s’apprête à le photocopier. rue89_small.gif

Posted on jeu. 26 juin 2008 by Registered CommenterPierre Vandeginste in | Comments19 Comments

La vision, voie royale de l'interaction

Hal_2001.jpgNon, l’interface tactile, fort bien exploitée par le iPhone d’Apple, n’est pas l’alpha et l’oméga de l’interaction. Les chercheurs en IHM (interaction homme-machine) ont d’autres fers au feu, parmi lesquels la vision artificielle (vision par ordinateur, Computer Vision en anglais), qui a plus d’une corde à son arc : détection et suivi de repères, d’outils, du doigt, de la main, interprétation de gestes, reconnaissance de visage, voire d’expressions faciales, suivi du regard, et j’en passe. Et ça bouge, dans la vision, en ce moment.

CamSpace-120.jpgCommençons par cette vidéo qui circule depuis peu, dans laquelle la jeune société CamSpace démontre son savoir faire. En deux mots, elle applique au jeu vidéo l’excellent logiciel de vision de son actionnaire Cam-Trax. Celui-ci rend inutile la célèbre zapette à tout faire de la console de jeux Wii (Nintendo), car il est capable de pister en 3D, via une webcam ordinaire, jusqu’à quatre objets qui jouent illico le rôle d’un accessoire de jeu : un stylo sert de manche à balai, un livre devient raquette de ping-pong. Cam-Trax, c’est essentiellement Yaron Tanne, qui aurait développé pratiquement seul le logiciel dans son appartement de Tel Aviv, selon TechCrunh.

Gestix.jpgToujours en Israël, en plein désert du Néguev, une équipe de chercheurs de l’Université Ben Gourion, dirigée par Juan Wachs, a développé un logiciel qui permet à des chirurgiens de manipuler des  images sur un écran géant, en salle d’opération. Comme son nom l’indique, Gestix détecte la main et interprète des gestes, qui permettent de passer d’une image à l’autre, de zoomer… Tout cela sans contact, et c’est heureux, car un chirurgien en action porte des gants chirurgicaux stériles, possiblement maculés de sang.

face_expr_recog-120.jpgRepérer un visage, c’est encore plus difficile, mais l’équipe PCR (Perception for Computers and Robots) dirigée par Luis Baumela à l’Université polytechnique de Madrid sait y faire. Mieux, elle est l’une des rares à interpréter les expressions faciales. Surprise, peur, joie, tristesse, dégoût, colère : ces six dimensions de nos états d’âme sont évalués en temps réel, à 30 images par seconde. La vidéo est impressionnante.

Image_metics-240.jpgPour illustrer ce dont est capable aujourd’hui la vision par ordinateur, il y a enfin le dernier cri en matière de « capture de mouvements » (motion capture). Vous savez, cette technique qui permet de faire jouer par un acteur le rôle d’un héros de jeu vidéo ou de film en images de synthèse. Au final, c’est une créature numérique que l’on voit s’agiter à l’écran, mais si la gestuelle semble naturelle, c’est parce qu’elle a été « capturée » en filmant un acteur. Lequel, habituellement, est bardé de taches blanches, qui servent de repères aux algorithmes.
C’était hier, parce qu’aujourd’hui on sait le faire sans les taches. La société Image Metrics (Manchester, GB, et Santa Monica, Californie), comme nous le disions ici, est la première à proposer le motion capture sans tache : jouez devant la caméra, notre logiciel remplacera l’acteur par n’importe quelle créature. Car il voit, repère dans l’espace chaque mouvement de son corps, de son visage, de ses lèvres, de ses paupières…

Dans peu de temps, la majorité de nos PC seront dotés d’un œil. Dès lors, les logiciels qui voient et interprètent pourront s’en donner à cœur joie. Parions que l’avenir de l’interaction passe aussi par la vision. rue89_small.gif

Posted on mer. 18 juin 2008 by Registered CommenterPierre Vandeginste in | Comments2 Comments

Roadrunner, l'ordinateur d'IBM qui franchit le mur du pétaflops

Roadrunner_240.jpgC’est fait ! Le mur du pétaflops a été franchi. Un monstre de complexité et de silicium, Roadrunner, enfanté par IBM, sera bientôt déclaré le supercalculateur le plus puissant du monde, le premier à pouvoir effectuer un million de milliards d’opérations par seconde.
Péta, ça veut dire un million de milliards. Et “flops”, c’est de l’anglais (« floating point operations per second ») pour dire « opérations avec plein de chiffres après la virgule, qui en plus se ballade, par seconde ».
Vu de loin, ce petit monstre pèse 270 tonnes, occupe 288 armoires réparties sur 560 m2, bouffe près de quatre mégawatts d’électricité. Bof, on a vu pire : le Earth Simulator de Yokohama, sacré plus puissant ordinateur du monde en juin 2004, occupait 3250 m2.
Regardons un peu à l’intérieur. Comme tous les supercalculateurs actuels, Roadrunner est une fourmilière. Il met les petits plats dans les grands, répartit les calculs entre 3240 unités, de la taille d’une boîte à chaussure, des « nœuds », interconnectés entre eux via 90 Km de fibre optique. 3240 machines d’une puissance unitaire de 400 gigaflops (giga = milliard) et qui coopèrent en se parlant à 3,5 téraoctets par seconde (téra = mille milliards).

13 000 puces de PlayStation qui moulinent

Chacun de ces nœuds comprend tout d’abord deux microprocesseurs ordinaires, des Opteron d’AMD, comme on en trouve sur des PC. Ils sont là pour gérer l’intendance. Car le boulot sérieux, le calcul intensif, est confié à quatre autres puces, de type Cell, contenant chacune huit “cœurs” calculant en parallèle. Un circuit surpuissant (évoqué ici) développé par IBM en partenariat avec Sony (et Matsushita Toshiba), et qui fait tourner… la PlayStation 3 !
C’est l’un des paradoxes de l’informatique actuelle. Le marché de la console de jeux peut s’offrir le développement d’une nouvelle puce mirobolante, qu’il peut amortir en vendant des dizaines de millions d’exemplaires. En revanche, il serait moins évident de financer une puce ad hoc pour un supercalculateur qui en contient certes 13 000, mais sera vendu à quelques exemplaires. Alors le superalculateur emprunte sa puce à la console de jeux.
Roadrunner tire l’essentiel de sa puissance de 12 960 puces Cell, totalisant 103 680 processeurs spécialisés dans le calcul scientifique. Et tout ce petit monde dispose d’une confortable mémoire centrale de 80 téraoctets.
Roadrunner devrait être officiellement proclamé le supercalculateur le plus puissant du monde le 17 juin à Dresde, au congrès ISCO08 (International Supercomputing Conference). Le Top500 des supercalculateurs les plus puissants du monde est publié deux fois par an, en juin et novembre. Roadrunner est passé au banc d’essai officiel (un jeu de logiciels appelé Linpack) et a été chronométré à 1,026 pétaflops.

Tout ça pour simuler des bombes atomiques

Le nouveau numéro un laissera loin derrière lui l’ancien tenant du titre, le BlueGene/L du LLNL (Lawrence Livermore National Laboratory, Livermore, Californie), un autre bébé d’IBM, scotché à sa première place depuis novembre 2004 (voir ici) grâce à trois liftings successifs, et qui affichait un copieux 478 téraflops depuis novembre 2007.
Roadrunner a été provisoirement monté sur le site IBM de Poughkeepsie (NY), où les mesures sont effectuées, mais il sera par la suite démonté pour être livré à Los Alamos (Nouveau Mexique). Car cette machine a été commandée par le célèbre LANL (Los Alamos National Laboratory), un centre de recherche militaire situé à l’endroit même où le « Manhattan Project» aboutit en 1945 à la mise au point de la première bombe atomique.
Roadrunner aura pour mission de simuler des explosions de têtes nucléaires plus toutes jeunes. Quoi, vous pensiez que ce joujou facturé 133 M$ allait bosser sur la faim dans le monde ? IBM a assuré qu’il allait se préoccuper de choses plus civiles, et même un peu du climat mondial, avant son départ pour Los Alamos. C’est écrit dans le communiqué de presse, alors…

Onze ans pour gagner un facteur mille

Ce passage de la « barre » du pétaflops intervient onze ans seulement après celle du téraflop, en juin 1997 par ASCI Red, réalisé par Intel pour le Sandia National Laboratory (Albuquerque, Nouveau Mexique, oui, encore un labo de recherche militaire états-unien).
Douze ans plus tôt, en 1985, c’est la barre du gigaflops qui était allègrement dépassée par le Cray 2 de Seymour Cray, le premier (et dernier) supercalculateur refroidi par immersion dans un liquide réfrigérant. Je me souviens comme si c’était hier de la livraison en 1987 du Cray 2 de l’École Polytechnique. Un cylindre creux de 1,35 m de diamètre sur 1,15 de haut. Étonnament compact, l’objet coûtait plus que son poids en or.
Enfin, il faut cette fois remonter 21 ans en arrière, en 1964, pour voir le même Seymour Cray, alors chez Control Data, présenter son CDC 6600, premier supercalculateur à dépasser, largement, le mégaflops.
21 ans, 12 ans, 11 ans pour gagner un facteur mille : on dirait bien que l’histoire du supercalculateur s’accélère, non ? rue89_small.gif

Posted on mar. 10 juin 2008 by Registered CommenterPierre Vandeginste in | Comments1 Comment

Un écran pour voir avec le doigt

Koo-Tactile_Display.jpgDes chercheurs de l’Université sud-coréenne de Sungkyunkwan et de l’Université du Nevada ont présenté récemment un dispositif d’affichage tactile d’une extrême simplicité, souple et d’une épaisseur de 0,2 mm.
La première application qui vient à l’esprit est un doigtier permettant à un aveugle de lire du braille, littéralement les mains dans les poches.
Le prototype décrit par l’équipe dans IEEE Xplore repose sur un polymère électro-actif, qui se déforme donc sous l’effet d’un courant électrique. Une variété de ce qu’il est convenu d’appeler “muscle artificiel”. Un réseau d’électrodes permet de contrôler une matrice de points susceptibles de provoquer une « image tactile » rudimentaire.
Un gant qui serait doublé à l’intérieur d’une membrane de ce type serait un formidable outil d’interaction pour des applications de « réalité virtuelle ». En contrôlant avec précision chaque point de stimulation tactile, un logiciel ad hoc saurait donner l’impression que la main entre en contact avec n’importe quel objet simulé par ordinateur.
Rêvons encore un peu plus : quand on saura réaliser une membrane de ce type entièrement transparente, il sera alors possible de donner un peu de relief aux écrans tactiles. Un futur iPhone pourrait ainsi nous proposer enfin des touches et un clavier qui parlent un peu à nos doigts. rue89_small.gif
Via Physorg.com

Posted on dim. 8 juin 2008 by Registered CommenterPierre Vandeginste in | CommentsPost a Comment

Feu follet ? Fou furieux, oui !

Darvaza_240.jpgIl y a vraiment de drôles d’endroits, sur cette planète. Ainsi, avez-vous déjà entendu parler de Darvaza, au Turkménistan ? Un peu à l’écart de ce village de 350 habitants, on peut voir cet étrange cratère en feu. Volcanisme ? Pas du tout : c’est du gaz naturel qui brûle ainsi, depuis une trentaine d’années. Un gisement se trouve là, très proche de la surface. Et il vaut mieux pour tout le monde que ces émanations brûlent plutôt que de se répandre dans l’atmosphère. On trouvera des précisions [en] ici, de belles photos là et même quelques vidéos sur YouTube.
Mais le feu follet de Darvaza n’est rien comparé à ce phénomène largement méconnu : des milliers de gisements de charbon, de part le monde, sont en feu, brûlent nuit et jour. En émettant, on s’en doute, des gaz à effet de serre, comme le CO2 et le méthane, ou toxiques, ou simplement désagréables. Certains feux se trouvent en surface, d’autres sont souterrains. L’homme est souvent responsable, mais pas toujours. Des précisions, en anglais ici, ici et . Anupma Prakash propose ici explications et photos.
Rien qu’aux États-Unis, on compte des centaines de ces feux, notamment dans l’état de Pennsylvanie. Le site le plus connu est sans doute celui de Centralia, où une veine de houille brûle depuis 1962.

Ningxia-APrakash.jpgLa Chine est sans doute le pays le plus affecté par ce problème. On estime à quelque 20 millions de tonnes par an la quantité de charbon qui part ainsi en fumée. C’est pourquoi on tente d’éteindre ces incendies, ce qui n’est pas chose aisée. À Xinjiang, dans le nord-ouest du pays, on a réussi l’année dernière, après trois ans d’efforts, à éteindre un feu qui avait en 50 ans consumé pas moins de 12 millions de tonnes de charbon, et émis 70 000 tonnes de gaz toxiques.
En Inde orientale, à Jharia, 400 000 personnes vivent au dessus d’une mine en combustion depuis près d’un siècle. Mais le record de longévité est détenu par Burning Mountain, en Australie (New South Wales). Le charbon y brûle depuis 6000 ans. rue89_small.gif

Posted on sam. 31 mai 2008 by Registered CommenterPierre Vandeginste in | Comments1 Comment