La guerre au laser, c’est pour bientôt
jeu. 12 févr. 2009
Pierre Vandeginste in crado

Les militaires rêvent de laser depuis son invention en 1960. Cinquante ans plus tard, ce rêve devient réalité : les armes de guerre au laser arrivent, et à grands pas, au moins chez l’Oncle Sam. Le Pentagone a lancé des dizaines de programmes visant à la mise au point d’armes au laser de tous calibres. Certains arrivent à maturité. Suivez le guide !
Commençons par le Laser Avenger de Boeing, monté sur un véhicule léger, qui a démontré récemment (communiqué du 26 janvier), sur le site de White Sands Missile Range, au Nouveau Mexique, qu’il était capable de dézinguer un drone en vol. En 2007, le même engin avait déjà démontré ses talents pour la destruction à distance de mines artisanales et autres explosifs.

Chez Raytheon, on travaille sur le LADS (Laser Area Defence System), un engin installé sur un camion, capable de défendre une zone contre l’artillerie adverse en dégommant les obus à la volée, façon Luky Luke (vidéo). Le laser employé aurait une puissance de 50 kW. Le prototype a déjà démontré sa capacité à détruire des obus de 60 mm statiques, à une distance de 700 mètres. Reste à asservir ce laser avec un dispositif capable de détecter et viser les projectiles à la volée, ce que le constructeur propose déjà dans une version à projectiles classiques (Phalanx) pour la défense des navires.

Plus ambitieux, le HEL TD (High Energy Laser Technology Demonstrator) est un dispositif dit “counter-RAM” (rockets, artillery and mortars), c’est à dire capable de venir à bout tout à la fois des roquettes, de l’artillerie et des mortiers d’en face. Le Pentagone a confié ce projet à Boeing et Northrop Grumman. La puissance considérée pour le laser est cette fois d’au moins 100 kW. Les premiers essais sont prévus pour 2010, les tests sur cibles réelles en 2013, pour un fonctionnement opérationnel en 2015. Plus lourd que le LADS, le HEL TD devrait être installé sur véhicule de type HEMTT (Heavy Expanded Mobility Tactical Truck).

Mais la guerre au laser sur le plancher des vaches, ce n’est pas très glamour. C’est du ciel que viendra le feu d’artifice. Démarré en 2002, le projet ATL (Advanced Tactical Laser) consiste à installer dans un Lockheed C-130 Hercules un laser chimique de 5,5 tonnes, d’une puissance estimée à une centaine de kW. L’avion pourrait ainsi zapper des cibles au sol jusqu’à 20 Km de distance. En modulant la puissance du laser, l’ATL pourrait aussi bien crever un pneu d’une Jeep que la détruire. C’est à nouveau Boeing qui est derrière ce projet. Le premier test au sol de l’ATL a eu lieu en août 2008.
Pas sûr que ce projet aboutisse, car on fait actuellement des progrès considérables en matière de rapport puissance sur poids des lasers. Dans ce domaine, le dernier cri, c’est le Hellads (High Energy Liquid Laser Area Defense System) de Textron : de la taille d’un gros frigo et pesant 750 kilos, ce laser d’un nouveau type développe 150 kW. Le rapport puissance sur poids serait dix fois supérieur à ce que ce qui se faisait jusqu’à présent. Hellads pourrait du coup être installé sur un avion de chasse. Textron vient d’obtenir en décembre un contrat de 21 M$ de la Darpa (Defense Advanced Research Projects Agency) pour mettre au point ce laser.

Last but not least, il y a l’ABL (Airborne Laser). Du lourd. Ce projet lancé en 1994 a déjà coûté plus de 4 milliards de dollars. Il consiste à embarquer un laser chimique d’une puissance de l’ordre du mégawatt sur un Boeing 747. C’est une coproduction entre Northrop Grumman (laser), Boeing (porteur, système de commande) et Lockheed Martin pour le dispositif de pointage dans le nez de l’avion. Sa mission : tuer des missiles (vidéo), mais aussi des avions, voire des satellites en orbite basse. Les tests au sol ont démarré l’année dernière, le premier tir sur cible en vol est prévu pour cet été.

La liste des projets financés par le Pentagone est longue. On pourrait encore citer les Firestrike et Skyguard (vidéo) de Northrop Grumman, ou le Centurion de Raytheon. Le laser au lieu des pétoires d’hier, un “progrès” pour qui ? Sans aucun doute pour les actionnaires de Boeing, Northrop Grumman et autres Lockheed Martin… Peut-être même que pour ceux qui seront du côté de la gâchette, le tir au laser sera plus rigolo. Mais en face, est-ce que l’on saura apprécier à sa juste valeur le progrès accompli par l’humanité en remplaçant le plomb et la poudre par le rayon de la mort qui tue ? Ou pas, d’ailleurs, c’est un argument qui revient souvent. Et si ça se trouve, la guerre au laser, c’est mieux pour la planète ;-p

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