Australie, terre de tous les venins
Un sujet de saison inspiré par mon article sur Ces sales bêtes qui nous pourrissent l’été, que l’on peut encore lire dans le numéro de Marianne paru samedi dernier, 26 juillet. C’est une sorte de curiosité zoologico-géographique, l’Australie collectionne les animaux venimeux. Elle détient même des records. Le serpent le plus toxique ? C’est le taïpan du désert (Oxyuranus microlepidotus). Son venin suffirait à tuer cent personnes adultes, bon poids. Il vit en Australie. Il a là-bas tout plein de collègues également dotés de glandes à venin efficaces (notamment le serpent tigre, Notechis ater et N. scutatus), ce que l’on résume généralement en affirmant que sept (voire huit) des serpents les plus venimeux de la planète vivent en Australie. On ajoute généralement que cette région du monde est la seule où la majorité des espèces de serpents sont venimeuses.
L’araignée la plus féroce ? Atrax robustus, même adresse. Regardez-là bien, elle mérite sans discussion l’appellation mygale. Pour faire bonne mesure, on croise dans cette même contrée une autre araignée venimeuse proche de notre veuve noire, mais en plus dangereuse encore : la veuve noir à dos rouge (Latrodectus hasselti). Comme son nom l’indique, elle est passablement reconnaissable.
Ça ne s’arrange pas en mer. Attention au poisson-pierre (Synanceia verrucosa). Cette rascasse est le poisson le plus venimeux du monde (jolies photos ici). La douleur est atroce, et il vaut mieux être pris en charge, et même hospitalisé fissa. Attention à ne pas mettre les pieds, non plus, sur l’un de ces cônes (Conus geographus, C. striatus, C. tulipa et quelques autres) capables de vous infliger à l’aide de leur harpon une piqûre franchement mémorable, si l’on survit.
Toujours chez les mous, l’Australie trouve le moyen d’abriter le poulpe qui tue. D’une manière générale, y compris sur notre littoral, la morsure de poulpe est (un peu) vénéneuse. Pour s’en rendre compte, il faut vraiment les asticoter. Mais la pieuvre à anneaux bleus (Hapalochlaena lunulata, H. fasciata et H. maculosa), il vaut vraiment mieux ne pas l’enquiquiner. Son venin neurotoxique est cent fois plus efficace que celui du cobra. Il bloque la respiration.
Mais dans l’eau, ce sont surtout les méduses que l’on craint, et pas pour rien. La championne toutes catégories est la guêpe de mer (Chironex fleckeri), que l’on ne conseille à personne de rencontrer. Sous un corps de 40 cm de diamètre, elle laisse filer 60 interminables tentacules de 4 mètres de long. Ses neurotoxines sont d’une efficacité redoutable. Elle peut tuer en quelques minutes, le paramètre essentiel étant la longueur de filaments en contact avec le corps. Au-delà de quelques mètres, le pronostic est sombre. Cette engeance a quelques collègues du même tonneau dans les parages. Comme la méduse d’Irukandji (Carukia barnesi), qui sévit sur la côte nord-est (Queensland). Et joue la discrétion. Sa taille est minime (2 cm), sa piqûre d’abord indolore. Mais après un bon quart d’heure elle fait passer… un sale quart d’heure.
Après tout, peut-on s’étonner de cette accumulation de bestioles empoisonnantes autour de ces terres, quand on sait qu’elles hébergent l’un des très rares mammifères venimeux. Un mammifère un peu demeuré, au demeurant, puisqu’il pond encore des œufs. Oui, l’ornithorynque. Chez cette espèce, le mâle est armé, il porte à la cheville postérieure une sorte d’ergot empoisonné.
Mais c’est quand on creuse un peu plus le sujet qu’il devient franchement amusant. Un intéressant renversement se produit. On découvre que le taïpan du désert vit… dans le désert, où il risque d’autant moins de tuer des gens qu’il est d’une timidité confondante. Ce qui fait dire aux spécialistes que pour se faire piquer par lui il faut absolument l’avoir cherché. Plus généralement, ces serpents les plus venimeux du monde, dont s’enorgueillit l’Australie, ne tuent pas grand monde. Un, deux, trois décès par an ? Ce n’est rien à côté, par exemple, de la Vipère de Russel, qui tue des milliers de gens chaque année, notamment au Sri Lanka, en Inde, Malaisie, Indonésie et jusqu’en Chine. Cela parce qu’elle n’a pas peur de l’homme. Elle traîne jusqu’en centre ville, et en cas de rencontre, elle attaque au lieu de se carapater.
Le poisson pierre ? Tout le monde sait le reconnaître et le fuit comme la peste. Les cônes ? Les rares accidents impliquent des plongeurs qui les cherchent, c’est peu de le dire, parce que leur jolie coquille est très appréciée des touristes. La guêpe de mer ne parvient même pas à zigouiller un humain par an, tout simplement parce qu’elle est surveillée, repérée, signalée, et qu’on dispose d’un excellent sérum. Si les secours interviennent rapidement, la victime de Chironex fleckeri a toutes les chances de s’en tirer.
Pas de bébête vraiment dangereuse, finalement, en Australie ? Et bien si, il ont là-bas une terrible tueuse, responsable, bon an, mal an, d’une dizaine de cas mortels annuels. Elle s’appelle Apis mellifera, c’est la même gentille abeille qui produit le miel de nos tartines et pollinise nos plantations. Et elle a été importée d’Europe.




Reader Comments (8)
La méduse en question ils appellent ça la méduse boîte (cuboméduse), elle a en effet une forme de cube assez curieuse pour un organisme vivant. Et ils ont un kit de secours spécifique rien que pour ça (apparemment l'hôpital peut être trop loin de la plage !).
Quand tu dis que tout le monde sait reconnaître le poisson pierre, je ne suis pas d'accord :). J'en ai eu sous la main en plongée et je peux te dire qu'il faut avoir l'oeil un minimum exercé pour le distinguer... d'une pierre, justement.
Dans ton panégérique, tu peux aussi ajouter les nudibranches. Aussi jolis que toxiques ;-).
un petit oubli, de "taille" : la méduse Irukandji très venimeuse, et seulement 2,5 cm. Indetectable donc.
Sujet un peu tabou la bas puisqu'elle officie dans les stations balnéaires du Queensland.
Etant donné sa taille et sa récente découverte, on ne sait pas encore combien de personnes sont mortes à cause de cette méduse, et non pas "simplement noyées".
Bonne baignade ! ;-)
Pensons à tous ces chômeurs qui passent leur vie à élaborer des combines pour amener toute leur petite famille en vacances dans des pays lointains, au frais de l'Etat. Souhaitons qu'ils aillent en Australie et qu'on en soit enfin débarrassés.
@padawan
Salut ! Tu dois commencer à en savoir un rayon sur ces eaux lointaines.
Oui, la guêpe de mer est bien une cuboméduse. Elle appartient à la classe des cubozoaires (Cubozoa en latin), un nom qu'elle doit à sa symétrie d'ordre quatre et une forme vaguement cubique. J'imagine que c'est parce que le cube n'est pas banal dans la nature que l'on a remarqué ce caractère somme tout assez discret.
Tu as raison, ma formulation à propos du poisson-pierre est un peu rapide, s'agissant d'un as du camouflage. Je voulais surtout dire que là où il exerce ses talents, cela se sait et qu'on fait ce qu'il faut pour l'éviter. De fait, les rencontres sont mémorables, mais rares.
Les nudibranches ? Ces gastéropodes (comme les cônes) méritent des pages entières, avec photos, car ils sont très jolis. Mais si j'ai bien compris qu'ils sont souvent vénéneux, je n'ai pas trouvé d'infos précises sur la gravité des envenimations. Et je ne sais pas si les espèces présentes dans les eaux… straliennes sont particulièrement sévères. Mais je ne serais pas étonné :-!
@Caz'
Oui, la cuboméduse d'Irukandji (Carukia barnesi) est également une sale bête à éviter. Elle sévit sur la côté nord-est (Queensland) de l'Australie. Elle complique terriblement le diagnostic à cause de sa taille (2 cm) qui la fait passer inaperçue et un délai d'un bon quart d'heure entre le contact et l'apparition des douleurs.
Edit : j'ai ajouté deux mots sur la méduse d'Irukandji dans le billet.
@astrapulche
Second degré ?
Où alors cette diatribe vise quelques grands "commis de l'état" qui nous coûtent les yeux de la tête et qui, effectivement, peuvent être assimilés à des chômeurs puisqu'ils ne font strictement rien ?
Avec un sujet pareil, Pierre, il ne faut pas t'étonner que certains éprouvent le besoin impérieux de venir cracher leur venin (sinon ils s'empoisonneraient tout seuls avec leurs aigreurs d'estomac) ;-p.
Et vous avez oublié la red back "La veuve noire d’Australie (Latrodectus hasselti)", charmante petite araignée, elle frequente les lieux domestiques,interieur des clims ,dans les cuisines etc.
son venin neurotoxic a des effets variés en fonction de la victime,mais on a pu observer des paralysies faciales définitive suite a une seul piqure... Se prendre une toile dans la tronche en se baladant dans son jardin, ca ne pardonne pas : /