Allègre… ment ?
Il remet ça ! Je viens tout juste de rappeler ailleurs (mon article du 18 mars sur Bakchich) que Claude Allègre est un multirécidiviste du foutage de gueule parascientifique, et voila qu’il apporte encore de l’eau au moulin. C’est dans Le Point, cette fois, que le tonitruant géologue livre son dernier tombereau d’insultes à l’intelligence. On ne sait plus comment qualifier les procédés indignes par lesquels l’ex-ministre et ex-scientifique tente de convaincre le grand public qu’il défendrait légitimement, face au consensus scientifique sur le réchauffement climatique, un point de vue original, mais étayé scientifiquement.
Or il n’en est rien. Rien de rien. Claude Allègre a beau avoir derrière lui une carrière de chercheur, c’est avec des méthodes de vendeur de bagnoles d’occasion (pardon pour eux) qu’il défend son credo pas crédible.
Comme le montre méthodiquement sur son blog notre confrère de Libération, Sylvestre Huet, le géochimiste appuie sa dernière “démonstration” dans Le Point sur deux énormités de fort calibre. Ainsi, bille en tête, il nous sort de derrière les fagots une courbe qui démontrerait que, pas du tout, la planète ne s’est pas réchauffée pendant ces 20 dernières années, puisque, justement, elle aurait perdu, d’un coup, l’année dernière, les 0,6° C gagnés entre 1988 et 2007. Et il nous la montre, cette courbe qui tue, que je vous invite à étudier.
Que voit-on, sur cette courbe ? Que la température de la Terre aurait baissé effectivement de 0,6° entre… janvier 2007 et janvier 2008 ! Alors que les climatologues étudient l’évolution, à l’échelle du siècle, de la température moyenne du globe, notre zigoto montre du doigt le mois de janvier 2008, effectivement l’un des plus froids depuis longtemps, et janvier 2007, qui fut particulièrement chaud. Claude Allègre a trouvé des chiffres qui l’arrangent, en l’occurrence des moyennes mensuelles qui dégringolent.
Le grand scientifique nous enfume avec la météo de l’année dernière. Son papier commence d’ailleurs par une pénible récitation d’épisodes frisquets ayant marqué ici ou là l’année 2007. Il nous la joue façon “Café du commerce” : rendez vous compte, ma brave dame, en 2007 il a fait froid en Afghanistan, à Athènes, en Chine, en Argentine… Il évoque ainsi pas moins de 19 régions particulières… où il a fait particulièrement froid. Après avoir subi ce déluge “impressionniste”, le lecteur est à ce point réfrigéré qu’il ne peut qu’avoir perçu le message subliminal : 2007, une année froide. D’un scientifique, on attendrait des chiffres, il n’en donne qu’un : « en Sibérie, le thermomètre a battu cette année des records à -60° C. » Convaincu ?
Pendant qu’il nous endort avec ces salades, Claude Allègre oublie de nous livrer cette information provenant du GISS (Goddard Institute for Space Studies) de la Nasa : globalement, l’année 2007 a été la deuxième année la plus chaude, ex aequo avec 1998, mais après 2005, depuis que l’homme enregistre des températures. Globalement, comme dans “réchauffement global”.
Et les courbes du GISS, qui montrent des moyennes annuelles ou lissées sur 5 ans, racontent une tout autre histoire que la fable de Claude Allègre.



Reader Comments (17)
Quand la polUtique fait rage...
Notre intelligence s'éteindra avant nos corps.
Il est utile et même nécessaire d'examiner les thèses publiées, celle d'Allègre l'est et votre critique me semble bonne.
On peut aussi s'interroger à la place accordée par un "grand hebdomadaire" à cette "thèse" (un grand nom pour une bien petite chose dans ce cas !).
Le choix de publier ne se fait pas sur la qualité du contenu mais sur la notoriété de l'auteur qui, pourvu qu'elle soit suffisamment grande, pourra dès lors publier n'importe quoi ou presque.
Ainsi vont les choses...
Il faut croire aussi que ce Allègre "fait vendre", probablement...
C'est "Le Point", aussi, hein ;->
Tout d'abord je me présente, je ne suis pas journaliste, dieu merci, mais bac+5 scientifique acquis en 68, vous savez cette année au cours de laquelle un certain nombre d'imbéciles se sont crus supérieurs aux patrons, voire aux scientifiques...
Depuis de nombreuses années, au moins 20, je suis intrigué par cette information concernant le réchauffement climatique et je lis depuis longtemps la presse scientifique sur ce sujet; je me rappelle d'un haut responsable de la météorologie nationale qui tempêtâit dans un large article de Pour la Science démontrant que le méthane est un responsable bien plus crédible d'un éventuel réchauffement climatique que le CO2 (ce n'était pas sur le Point et cet article date d'une vingtaine d'années!)...
Pour ma part, j'ai lu les bouquins de Claude Allègre et je suis certain qu'il est beaucoup plus crédible que ce journaliste. Quand Allègre rappelle que Groenland signifie pays vert, ce n'est pas un mensonge et ça ne date pas de la préhistoire.
A mon humble niveau, habitant depuis trente huit dans le sud ouest, je n'ai pas observé de variation climatique significative et cela est démontré dans une récente synthèse sur ce sujet dans le même journal Pour la Science.
Indépendamment du brouhaha journalistique, une seule chose semble démontrée c'est un léger réchauffement des océans...
Un journaliste bien informé, n'a pu ignorer le désaccord exprimé publiquement par 14 responsable du GIEC à propos du résumé de leurs travaux publié par leur porte parole.
Si j'ai un conseil à donner aux personnes interessées qui lisent ce forum, ce serait de lire des revues scientifiques sérieuses et pourquoi par les bouquins de Claude Allègre, et ensuite de se faire leur propre opinion.
« Quand Allègre rappelle que Groenland signifie pays vert »… il enfonce une porte ouverte. Et il vous fait croire qu'il serait le seul au courant ?
Quand vous dites : « habitant depuis trente huit dans le sud ouest, je n'ai pas observé de variation climatique significative », vous êtes aussi peu scientifique que Claude Allègre.
Le échauffement global, ce n'est pas la chronique du Groenland ni du sud-ouest français, cela concerne la planète dans sa totalité. C'est un peu dingue qu'il faille encore répéter cette évidence à un scientifique bac+5.
Vous dites : « …une seule chose semble démontrée c'est un léger réchauffement des océans. » Vous rigolez ? Allez voir l'info à la source, par exemple le rapport du NOAA sur 2007 : http://www.ncdc.noaa.gov/oa/climate/research/2007/ann/global.html#gtemp
Vous y lirez par exemple ceci :
« During the past century, global surface temperatures have increased at a rate near 0.05°C/decade (0.09°F/decade), but this trend has increased to a rate of approximately 0.15°C/decade (0.27°F/decade) during the past 25 to 30 years. »
Ma traduction : « Au cours du siècle passé, les températures globales de surface ont augmenté à un rythme proche de 0,05°C par décennie, mais cette tendance s'est accrue jusqu'à un rythme d'à peu près 0,15°C au cours des 25 à 30 dernières années. »
À propos du différentiel terre/mer, vous apprendrez, à la même adresse, que l'année 2007 à été la plus chaude jamais enregistrée SUR TERRE, précisément, avec un écart de 1,02°C au dessus de la moyenne du siècle dernier. L'écart océanique n'étant que de 0,38°C, ce qui donne un écart à la moyenne, pour le globe entier, de 0,55°C.
@ Xeriez :
Il n'y a pas compétition entre CO2 et méthane au sens où les deux gaz (et ce ne sont pas les seuls) participent à l'accroissement de l'effet de serre.
Il n'y a pas "plus crédible" ou moins crédible.
Et si le CO2 est fortement cité le méthane ne doit effectivement pas être oublié : "L'importance du méthane comme gaz à effet de serre n'est pas assez prise en compte" => ici
Mais à quoi bon tenter de convaincre, il n'y a qu'à attendre : on peut penser que le réchauffement du climat sera de l'ordre de 3°C pour la Terre vers (ou avant) la fin du siècle.
Le dernière période où une température de cet ordre a été constatée devait être vers le pliocène, avec un niveau marin estimé entre 15 et 35 mètres supérieur à celui d'aujourd'hui.
Comme nous ne faisons pas grand-chose pour que la température cesse de croître, regardons monter...
Non, ce n'est pas Claude Allègre, ni les anti-réchauffement global qui ont découvert le méthane. À ce propos, voir l'article, d'ailleurs cité par le papier du Monde indiqué par jcm, dans le numéro de mars 2008, p. 46. Il est notamment signé par Hervé Le Treut, le directeur du Laboratoire de météorologie dynamique du CNRS, l'un de nos meilleurs climatologues et l'un de ceux qui montent au créneau lorsque Allègre raconte des conneries.
Il est possible qu'on ait enregistré un réchauffement au niveau de l'atmosphère; mais j'aimerais que ce grand journaliste et prétendument scientifique me démontre par autre chose que des références d'articles scientifiques (je ne parle pas du Monde dont il est sans doute un des derniers lecteurs), que le réchauffement mesuré est dû à l'activité humaine et au CO2.
@Xeriez
« …ce grand journaliste et prétendument scientifique… »
Je n'ai jamais entendu dire que Sylvestre Huet se présenterait comme un scientifique. Je crois savoir qu'il est journaliste scientifique, c'est différent. C'est un métier, c'est d'ailleurs le mien.
« …me démontre par autre chose que des références d'articles scientifiques… »
Ben justement, un journaliste scientifique, en toute logique, appuie son propos sur les publications scientifiques. Il n'est pas là pour "dire" la science, mais pour la rapporter.
Pour ce qui est de la relation de cause à effet entre le CO2 anthropique et le réchauffement, pourquoi ne pas jeter un coup d'œil au 4e rapport du GIEC ? Allez voir ici : http://www.ipcc.ch/ipccreports/ar4-syr.htm
I) Le réchauffement du climat ne fait aucun doute. C'est un fait établi. Il y a eu une augmentation des températures sur terre depuis le milieu début XIXème siècle (env. 0,6°C). Ce fait ne devrait pas être remis en cause.
Le débat scientifique n'est pas de savoir si oui ou non il fait plus chaud (car j'insiste il fait plus chaud), mais pourquoi il fait plus chaud. Le débat, s'il est encore possible, devrait se cantonner sur le pourquoi.
II) Pourquoi fait-il plus chaud aujourd'hui ?
Une théorie domine, celle du dioxyde de carbone. Car il a été mis en évidence, suite à l'étude des carottes de glace, un lien étroit entre la température et la concentration du CO2 dans l'atmophère. Or l'être humain rejette depuis un siècle, à cause de son activité économique, des tonnes de CO2 dans l'atmosphère. CQFD
Mais faut-il se contenter de cela ? Bien sur que non ! Car il y a effectivement d'autres paramètres pour résoudre l'équation climatiques (H2O, CH4, N2O, activité solaire, champ magnétique, etc...). Il faut continuer à chercher et à comprendre comment fonctionne la machine climatique. Il faut garder à l'esprit qu'aucune certitude n'existe vraiment.
Pour ma part j'espère qu'ils ne se trompent pas... Car les conséquences pourraient être bien plus grave que prévues...
Cordialement.
"Peut-on établir un lien entre la Niña et le réchauffement climatique ? Michel Jarraud ne le pense pas, et affirme que le refroidissement passager que pourraient connaître certaines régions ne remet absolument pas en cause le réchauffement qui est une évidence depuis 1998. « Quand on parle du changement climatique, il convient non pas de regarder une année précise, mais des tendances lourdes sur une assez longue période », insiste-t-il.", à voir ici, sur futura-sciences.
Sur l'activité solaire : "Cycle solaire et réchauffement climatique" => http://blogs.tv5.org/climats/2008/04/cycle-solaire-e.html
"Il est remarquable que les années 2004 à 2007 aient été parmi les plus chaudes jamais observées à l’échelle globale, malgré une faible activité solaire. Cela souligne encore la prédominance de l’augmentation de l’effet de serre sur les fluctuations de l’activité solaire. Mais l’effet du soleil n’est pas négligeable, et on peut donc s’attendre à une augmentation plus marquée de la température globale moyenne dans les années 2010… Ceci a été prévu par plusieurs modèles…"
Sur le méthane : "Effet de serre : n’oublions pas le méthane !" => http://www.global-chance.org/spip.php?article83
(voir notamment "Des réductions d’émissions peu coûteuses et directement efficaces " : à montrer à tous nos élus !!!).
"Effet de serre : n’oublions pas le méthane !"
Ce papier dans La Recherche, que vous mentionnez indirectement, nous montre que, contrairement à ce qu'on entend parfois, ce ne sont pas les "climato-sceptiques" qui ont découvert qu'il y avait d'autres gaz à effet de serre.
Effet de serre : n’oublions pas le méthane !
Signé Benjamin Dessus, Bernard Laponche et Hervé Le Treut, La Recherche, mars 2008, p. 46.
@ Pierre Vandeginste :
En fait ce papier ne semble plus publié sur le site de La Recherche et ne semble être disponible sur le Net que sur Global Chance (le lien que j'ai fourni).
Vous aurez peut-être noté que 2 de ses auteurs sont membres de cette association.
Enfin je n'ai pas compté mais le GIEC mentionne bien plus d'un GES, même si l'on a retenu de façon générale une base d'équivalent CO2 qui, l'article le démontre, n'est pas d'une fiabilité ni d'une robustesse exemplaire.
Je ne crois pas vraiment que les membres du GIEC soient "climato-sceptiques" :)
Je ne sais pas ce que vaut la liste de Wikipedia, que voici :
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Principaux gaz à effet de serre non-artificiels :
* la vapeur d'eau (H2O),
* le dioxyde de carbone (CO2),
* le méthane (CH4),
* le protoxyde d'azote (N2O) et
* l'ozone (O3).
Les gaz à effet de serre industriels incluent des gaz fluorés comme :
* les chlorofluorocarbures (CFC) et HCFC-22 comme le fréon,
* le perfluorométhane (CF4)
* l'hexafluorure de soufre (SF6).
La vapeur d'eau est à l'origine de 55% de l'effet de serre.
Le gaz carbonique additionnel libéré par les activités humaines est responsable de 55% de l'accroissement de l'effet de serre
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Voila qui répond à cette autre objection que j'entends souvent : "On nous parle toujours du CO2, en fait le premier gaz à effet de serre, c'est la vapeur d'eau…" Ben oui, mais l'activité humaine ne fait pas autant grimper la quantité d'eau dans l'atmosphère !
Autre objection classique : "on nous parle de CO2 alors que le méthane est un GES bien plus puissant." Certes, 25 fois plus puissant. Mais il y en a 200 fois moins dans l'atmosphère (1,7 ppm contre 385 ppm pour le CO2).
Depuis le début de l'ère industrielle, l'homme a augmenté le taux de CO2 dans l'atmosphère de 100 ppm et celui de méthane de 1 ppm. Alors, même si le méthane est 25 fois plus "GES", cette augmentation pèse 4 fois moins lourd dans la balance.
Cela dit, il est vrai que l'accroissement anthropique du méthane est bien plus spectaculaire (de 0,7 à 1,7 ppm, soit une multiplication par 2,4) que celui du CO2 (de 278 à 385 ppm = +38%).
Mais il faut ajouter, comme quoi rien n'est simpliste dans cette histoire, que le CO2 est de son côté très dangereux parce qu'il "reste" 200 ans dans l'atmosphère, contre 12 ans pour le méthane.
@jcm
À propos du site de La Recherche : ils laissent très peu d'articles en texte intégral. Je leur recommande le contraire depuis… 12 ans, c'est à dire depuis l'époque (1995, 1996 ?) où j'ai conçu le tout premier site web de LR. Qui je crois devait être aussi le premier site d'un magazine en France.
Allégre et les autres ci desssus ! quels ignares qui prétendent chiffrer les températures au 1/10° de dégré, qui ignorent que le CO2 est la nourriture des végétaux et qu'on en a jamais de trop, que le méthane s'oxyde tout seul à l'air; comme le CO.
A quel degré d'insuffisance culturelle scientifique l'académie des sciences est-elle arrivée pour qu'un littéraire menteur comme Al Gore bénéficie d'un prix Nobel