« Vélo électrique : la Green Wheel du MIT se charge en freinant | Main | La « vache fistulée » et meuh… »

Un prix Ig Nobel pour l’effet placebo

Tous les ans à cette époque, depuis 1991, sont remis les prix Ig Nobel à des chercheurs méritants, pour couronner leurs travaux hilarants, désopilants, sidérants, décoiffants, ébouriffants… Le critère officiel n’est pas l’absence de sérieux, bien au contraire : le jury de la revue Annals of Improbable Research traque les résultats scientifiques « qui font rire, puis réfléchir ». Les dix prix Ig Nobel 2008 ont été décernés ce 2 octobre en grande pompe à l’Université de Harvard (Massachusetts). Le blog Autour des sciences donne un résumé en français du palmarès 2008.
J’ai un faible pour l’Ig Nobel de médecine, décerné à  Dan Ariely pour ses travaux relatifs à l’influence du prix d’un médicament sur son efficacité. Le chercheur a montré que des sujets invités à tester l’efficacité de deux antalgiques déclaraient que celui qui était présenté comme coûteux était plus efficace qu’un autre soi-disant acheté à vil prix. Cela alors que les deux cachets n’étaient en fait qu’un seul et même placebo. Docteur, c’est pour ça qu’on a du mal à généraliser les génériques ?

La pilule plus chère semble plus efficace

Cette expérience, publiée dans le JAMA (Journal of the American Medical Association), pas vraiment un fanzine, a été menée au MIT, selon un protocole rigoureux. 82 volontaires devaient noter la douleur infligée par des chocs électriques de 10 à 80 volts, avant et après la prise du soi-disant antalgique. Chercheur en psychologie cognitive, Dan Ariely se définit comme un spécialiste de l’irrationalité humaine, qui est d’ailleurs le sujet de son livre Predictably Irrational, traduit en dix langues mais pas encore en français.
Les travaux de Dan Ariely nous éclairent donc un peu plus sur le pouvoir de cet étrange mécanisme que l’on appelle l’effet placebo (en latin : « je plairai »), qui nous fait aller déjà mieux deux minutes après avoir avalé un comprimé qui n’a pas atteint l’intestin. Grâce à lui, l’homéopathie, toutes sortes de sorcelleries, de grigris « marchent » plus ou moins.
On parle moins de cet effet similaire, mais inverse, l’effet « nocebo » (« je nuirai », en latin). Celui qui peut faire croire qu’une antenne relais GSM nous ruine la santé avant même sa mise sous tension. Il est responsable de multiples « effets secondaires » déclarés, dans les essais cliniques de nouveaux médicaments, par des volontaires qui reçoivent à leur insu un placebo : somnolence, fatigue, troubles digestifs, maux de tête… 

L’alcool que l’on croit avoir bu rend violent

Une publication récente, d’une équipe française, en montre un aspect assez spectaculaire. Laurent Bègue, qui est professeur de psychologie à l’université de Grenoble, a imaginé une expérience assez sophistiquée, « randomisée en double aveugle », au cours de laquelle des volontaires absorbaient une boisson présentée comme plus ou moins alcoolisée. Le breuvage étant parfois conforme à la description, mais aussi parfois plus alcoolisé, parfois moins que prétendu. Tout cela est fort bien expliqué dans cet article de notre confrère Gilbert Charles de l’Express.
Conclusion de cette enquête : après avoir bu, les hommes ont un comportement agressif proportionnel à la quantité d’alcool qu’ils croient avoir bue, et non à la quantité qu’ils ont réellement absorbée. Voilà qui fait réfléchir… Est-ce que l’alcool serait un alibi plutôt qu’une cause de la violence ?

Posted on sam. 4 oct. 2008 by Registered CommenterPierre Vandeginste in | Comments11 Comments

PrintView Printer Friendly Version

EmailEmail Article to Friend

Reader Comments (11)

Bonsoir

A propos justement de l'article de l'Express, il y a un truc que je n'ai pas compris quant au protocole infligé à nos cobayes : j'ai la faiblesse de boire volontiers de temps à autre et j'imagine mal comment quelqu'un puisse avoir l'impression d'être "bourré" en lui faisant boire des liquides non-alcoolisés.

Si vous pouviez éclairer ma lanterne là-dessus, ma gratitude vous auriez....
Sur ce, je vais m'en resservir un petit
Bonjour chez vous

Jean MMeyran

sam. 4/10/08 19:29 | Unregistered CommenterJean Meyran

Désolé, je ne dispose pas de beaucoup d'éléments pour vous répondre. Si ce n'est que les boissons employées étaient du genre "canada dry", des cocktails choisis pour leur capacité à donner l'impression qu'elles contiennent de l'alcool.
Une remarque : j'ai l'impression que les niveaux d'imprégnation choisis (ils sont donnés en % : 0,05% et 0,1%, je présume que cela doit être proche de 0,5 et 1 g/l de sang) ne correspondent pas tout à fait à la situation ("bourré") que vous envisagez. Bien sûr, l'effet de l'alcool est individuel, mais peu de gens, je crois, sont "bourrés" à 1 g/l. Mais je peux me tromper. Qu'en dites-vous ?

sam. 4/10/08 21:57 | Registered CommenterPierre Vandeginste

A 1 gr je peut encore conduire, HIPS !

En fait ça dépend de l'accoutumance et de la masse corporelle. Et puis il faudrait définir scientifiquement le mot "bourré" ;-)

PS: hors sujet: j'ai cherché le fil RSS de tous les commentaires. Je ne l'ai pas trouvé...

lun. 6/10/08 09:37 | Unregistered CommenterFrançois Granger

L'article est accessible sur le site du Laboratoire de Psychologie Sociale de Grenoble :
http://www.lip.univ-savoie.fr/uploads/PDF/974.pdf

Les auteurs étaient sensibles au problème de perception effective de l'alcool et ont veillé à limiter la capacité à reconnaître la nature du produit. Contrairement à la crainte de M. Meyran, c'est dans l'autre sens qu'il y a le plus de problème : il est très difficile de masquer la présence d'alcool dans le breuvage.

Enfin, la dose d'alcool était ajustée si le poids du patient différait de plus de 20 kg du poids cible.

lun. 6/10/08 12:03 | Unregistered CommenterSimplicissimus

Il faut tenir compte de l'effet exponentiel : plus on boit, plus on voit double, et donc plus on croit avoir bu... ;-)

lun. 6/10/08 14:33 | Unregistered Commenterzaddiggg

@François Granger
J'avoue ne pas être expert en alcoolémie. À un gramme, j'aurais dit plutôt "pompette" que "bourré". Sûr que la masse corporelle joue un rôle essentiel. Mais surtout l'entraînement, non ?
Il faut que je m'en occupe de ce fil RSS.

mar. 7/10/08 08:07 | Registered CommenterPierre Vandeginste

@Simplicissimus
Merci pour le pdf. Il semble que les chercheurs se soient donné beaucoup de mal pour "camoufler" le degré alcoolique de leur breuvage.

mar. 7/10/08 08:11 | Registered CommenterPierre Vandeginste

@zaddiggg
;-);-)

mar. 7/10/08 08:12 | Registered CommenterPierre Vandeginste

C'est très intéressant et surprenant, comme quoi on a encore du chemin à faire ;o)

Et mauruuru merci pour tes fréquents virements d'bords sur Fred O Fenua !

sam. 11/10/08 10:08 | Unregistered CommenterFred O Fenua

@Fred O Fenua
Et oui, encore du chemin à faire. Sans doute qu'il y aura toujours du chemin à faire, d'ailleurs, et c'est une bonne nouvelle pour ceux qui aiment voyager :-!
À propos de voyage, j'aime bien ton blog parce qu'il fait à la fois de la veille astronomique, de la pédagogie et voir du pays. Doublement, si j'ai bien compris, puisque tu nous proposes le regard sur le ciel d'un îlien très loin, au milieu de la grande bleue.
J'ai appris un mot, aujourd'hui. Mauruuru, c'est donc merci en tahitien ? De rien, Fred, c'est moi.

sam. 11/10/08 12:03 | Registered CommenterPierre Vandeginste

Oui c'est ça, en plein milieu du Pacifique Sud et mauruuru veut dire merci ;o) Heureux que mon blog te plaise, tu prends place dans mes mouillages tempérés, à bientôt !

sam. 11/10/08 23:13 | Unregistered CommenterFred O Fenua

PostPost a New Comment

Enter your information below to add a new comment.
Author Email (optional):
Author URL (optional):
Post:
 
Some HTML allowed: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <code> <em> <i> <strike> <strong>