Le généticien de l'Élysée
Quelqu’un peut-il m’expliquer pourquoi la liste, très courte, des conseillers de notre nouveau président de la République comporte le nom du généticien Arnold Munnich ?
L’homme est Professeur à l’université René Descartes, membre de l’Académie des sciences et dirige l’unité Inserm “Handicaps génétiques de l’enfant” à l’hôpital Necker-Enfants malades.
Son équipe a découvert une vingtaine de gènes responsables de maladies héréditaires graves et incurables : achondroplasie (nanisme), amyotrophie spinale infantile (neuromusculaire), maladie de Hirschprung (intestin), maladie de Stargardt (rétine)…
Pas de procès d’intention, ici. Arnold Munnich semble être un scientifique parfaitement honorable. Rien n’indique qu’il défendrait des positions inquiétantes, ni même étranges.
Bien au contraire. Sans prétendre faire le tour du personnage, je n’ai pas sauté au plafond en écoutant par exemple son intervention pédagogique et pondérée devant la commission des affaires sociales du Sénat le 4/12/2002 dans le cadre de ses auditions sur le projet de loi relatif à la bioéthique. Ni sa conférence à l’Université de tous les savoirs du mercredi 14 janvier 2004. Ni même ses réponses au cours de cette émission du 11 avril 2007 sur LCI, postérieure à la révélation des propos du candidat Sarkozy sur le caractère héréditaire de la pédophilie et du suicide.
On se souvient de cette phrase terrible, lâchée au détour d’un entretien avec le philosophe Michel Onfray, par Nicolas Sarkozy : « J’inclinerais, pour ma part, à penser qu’on naît pédophile… » Son entourage tenta de noyer le poisson en justifiant le propos par la volonté du futur président de « lancer le débat ». Tu parles : « J’inclinerais à penser… »
Pour la première fois de son histoire, la présidence de la République enrôle un conseiller en génétique. Pourquoi ? Comment ne pas voir qu’il y a là forcément un message, au minimum une “idée derrière la tête” ? Difficile de croire que l’on aurait recruté officiellement un expert de ce calibre simplement pour dispenser quelques cours de rattrapage au Président afin qu’il cesse « d’incliner à penser » n’importe quoi ?
On ne peut que trouver étrange et déplacée la présence, si près du sommet de l’État, de ce spécialiste à propos duquel, je le répète, je n’ai aucun a priori. S’agit-il de montrer une fois de plus que, décidément, ce président veut écrire de sa main chaque ligne de la politique française ? Moi, un président qui se passionne pour la génétique au point d’embaucher un conseil officiel, alors qu’il s’en passe fort bien pour la climatologie ou l’informatique, cela me fait froid dans le dos. C’est vrai, quoi, de quoi je me mêle ?



Reader Comments (13)
Et puis tu es dur sur l'environnement. On a quand même "le meilleur d'entre nous" qui s'en occupe au gouvernement :-p.
"Eugénisme" : je n'imagine rien de tel. J'ai beau m'inquiéter de la propension maladive de l'hôte actuel de l'Élysée à "briser" ce qu'il est convenu d'appeler des tabous (qui sont souvent en fait des principes, des scrupules), je ne l'imagine pas s'aventurant aussi loin.
En revanche nous savons qu'il a déjà eu des tentations du côté de la "détection" à l'école des enfants susceptibles de verser dans la délinquance, et du mélange de genres entre psychiatrie et délinquance.
Cela dit, le conseiller choisi ne donne pas l'impression d'être du genre à se laisser embarquer dans une aventure. Je l'imagine mal préconisant des horreurs. En revanche, sa présence si près du pouvoir suprême "dit" quelque chose. La première question que je me pose, c'est bien : quel message derrière le fait que Sarkozy se soit entouré d'un unique conseiller scientifique, qui se trouve être un généticien ? Cela après la fameuse petite phrase sur la pédophilie. Qu'est-ce que ce manipulateur de génie est en train de nous concocter avec ça ?
Le fait est que le ministre de l'intérieur Sarkozy proposait en 2006 dans son projet de "loi sur la prévention de la délinquance" un volet relatif au "dépistage précoce des troubles du comportement". À l'école, dès 3 ans !
Il faut croire que les Français ont encore plein de tabous dans la tête, puisque cette charmante idée avait disparu dans le texte finalement voté. Mais le président Sarko a cinq ans devant lui.
De plus, le fichage à souvent lieu au moment de la garde à vue... Donc exit la présomption d'innocence.
Le débat sur la validité d'un fichier qui contient maintenant 400 000 références (quelques milliers seulement du temps des délinquants sexuels) n'est pas le sujet de votre message.
Cependant, j'oserais avancer l'idée qu'Arnold Munnich aura pour tâche d'étudier ce fichier et d'y repérer de nouvelles tares...
Je plaisante à moitié... enfin, j'espère.
L'évolution de son usage est sans aucun doute inquiétante. On peut voir un rapport entre cette dérive et d'autres dérives telles que par exemple la tentation sarkozyenne d'introduire dans sa "loi sur la prévention de la délinquance" un volet relatif au "dépistage précoce des troubles du comportement". Le rapport n'est pas ici l'ADN, mais plus simplement un certain penchant à recourir à des moyens liberticides sous des prétextes sécuritaires.
Par ailleurs, je n'ai pas de raison de penser qu'Arnold Munnich serait homme à se laisser entrainer sur n'importe quel terrain. Son domaine, c'est les maladies héréditaires, il ne donne pas l'impression d'un allumé.
Tout procès d'intention serait contre-productif. Mais cette prudence de principe ne m'empêche pas de voir qu'en recrutant ostensiblement un généticien comme "conseiller de la présidence", après les propos que l'on sait sur la pédophilie, notre nouveau président joue avec le feu.
Bravo, je ne m'en lasse pas .... Adoonis
« Pour autant, on ne naît pas homosexuel, ni hétérosexuel, ni pédophile. Je pense que nous sommes façonnés, non pas par nos gènes, mais par notre environnement, par les conditions familiales et socio-historiques dans lesquelles nous évoluons. »
Ce à quoi NS répond :
« Je ne suis pas d'accord avec vous. J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. »
Et je permets de rajouter que je suis tout à fait d’accord avec NS, et que je ne comprends absolument pas que l’on puisse trouver sa réponse choquante, et encore moins « terrible ».
Amicalement
Louis
Il reste que « Je ne suis pas d'accord avec vous. J'inclinerais, pour ma part, à penser qu'on naît pédophile, et c'est d'ailleurs un problème que nous ne sachions soigner cette pathologie. » est une phrase très définitive, sans nuance aucune. Ce "j'inclinerais" confirme le caractère idéologique du propos. NS ne tente même pas de nous faire croire qu'il aurait eu une discussion avec un chercheur ou qu'il aurait lu des papiers récents.
Trouvez-vous normal qu'un politique parfaitement ignorant en sciences affirme haut et fort un point de vue en contradiction avec le consensus scientifique de l'époque, au nom d'une idéologie que d'ailleurs il ne précise pas ?
Vous ajoutez que vous êtes tout à fait d'accord avec NS, ce qui est bien entendu votre droit le plus strict. Vous ne précisez pas si c'est un point de vue de scientifique minoritaire ou, comme pour NS, une position purement idéologique.
Mon "bon sens", qui je l'admet volontiers est loin d'etre scientifique, m'invite a penser que l'inne et l'acquis se melangent pour donner, ou non, une orientation sexuelle pedophile.
Et je ne trouve pas "qu'incliner" vers une certaine forme de pensee ait justement un caractere definitif et sans nuance.
Merci quoiqu'il en soit, d'avoir pris le temps de me repondre
Bien a vous
Louis
Concernant la pédophilie, (vocable, au passage, qui recouvre une réalité très diverse), aucune équipe de recherche, à ma connaissance, n'a pour le moment publié des travaux qui tendraient à identifier des variantes de gènes prédisposant (c'est à dire augmentant la probabilité de…) un comportement pédophile. C'est comme ça. Rien n'interdit cependant que l'on découvre demain un ou des "gènes" de ce type, qui pourraient jouer un rôle dans l'apparition de ce type de désordre. "Jouer un rôle" : nous sommes très loin de la formule "naître pédophile".
C'est cette formule, pour répondre à votre dernier propos, que je jugeais précédemment "très définitive, sans nuance aucune". Le conditionnel "j'inclinerais" est effectivement plus prudent, mais le choix du verbe indique clairement un a priori plutôt qu'un avis documenté. Et je trouve au minimum très imprudent, de la part d'un candidat à la présidence, d'afficher un préjugé (et du même coup une ignorance) sur un sujet si sensible. Cela, lorsque les chercheurs eux-mêmes sont très prudents et d'un avis contraire.