« Edward Tse, chercheur multi-touch | Main | Shift : pour gros doigt sur petit écran »

Jatropha, biodiesel vraiment vert

Jatropha_curcas.jpgSon nom botanique complet : Jatropha curcas. Cette plante tropicale pourrait devenir un pétrole vert pour le Sud. Un arbuste qui regarde de haut colza, tournesol, betterave, maïs, soja, canne à sucre… tous ces végétaux d’où l’on tire des biocarburants plus ou moins convaincants de par le monde.
Jatropha curcas les ridiculise tous. Cette plante arbustive pousse sur des terres arides dont on ne tire rien, supporte allègrement la sécheresse, ne se laisse pas embêter par les petites bêtes, ni les grosses (elle est toxique), enfin ses graines contiennent 35% d’une huile que l’on transforme aisément en un excellent biodiesel. Jatropha curcas donne près de 2000 litres d’huile à l’hectare. Soit quatre fois mieux que le colza.
Cet arbuste a donc le bon goût de ne pas disputer les terres agricoles aux productions alimentaires, de pousser tout seul sans avoir besoin d’être cajolé à gands frais, et par-dessus le marché de produire pendant quarante ans avec un rendement qui fait des jaloux.
Voilà pourquoi on s’y intéresse bigrement en Inde (excellent papier de Pierre Prakash dans Libé) et en Indonésie, à Madagascar et bien d’autres pays d’Afrique, au Brésil, et même jusqu’en Sicile et en Floride. Pour en savoir plus : ce forum en français, pour les anglophones ici et .

Posted on mar. 22 mai 2007 by Registered CommenterPierre Vandeginste in | Comments59 Comments

PrintView Printer Friendly Version

EmailEmail Article to Friend

Reader Comments (59)

Je suppose que vous connaissez déjà ce papier qui apporte un éclairage différent sur un diesel qui n'est pas si BIO, Jatropha ou non.
http://petroleum.berkeley.edu/papers/patzek/thermodynmaics%20of%20cornethanol.htm
jeu. 24/05/07 14:49 | Unregistered Commenterbaba
Pourquoi dites vous "Jatropha ou non" ?
Ce papier s'attaque à un cas de figure précis : l'éthanol produit à partir de maïs aux États-Unis. C'est à dire avec arrosage, pesticides, tracteurs… et sur des terres auparavant exploitées pour l'alimentaire. Non seulement Jatropha a un bien meilleur rendement que le maïs, mais il s'inscrit dans une logique, un contexte agricole et économique très différent, dans des pays émergents.
Cela dit, on attend encore une étude exhaustive de la filière Jatropha. Laquelle se cherche encore.
jeu. 24/05/07 17:51 | Registered CommenterPierre Vandeginste
Le Jatropha est bien intéressant.
C'est le préfixe bio qui me dérange. Parce que c'est un hydrocarbure qui va être synthétisé à partir de cette plante puis au final brûlé.
Et le mot bio - c'est juste mon avis - me paraît employé comme instrument de "propagande". Il me semble que c'est pour rendre les carburants végétaux plus honorables aux yeux du public qu'ils ne le sont en réalité, éluder le véritable impact.
L'"honorabilité" de la filière Jatropha est encore à étudier comme vous le rappelez.

J'en profite pour vous remercier de la qualité de vos éclairages scientifiques.
jeu. 24/05/07 19:11 | Unregistered Commenterbaba
@baba
D'accord avec vous : le préfixe "bio" commence à sentir mauvais, du fait de nombreux usages abusifs, notamment par le marketing.
Qui plus est, il est souvent utilisé d'une manière qui insinue que "si c'est bio, c'est bien", comme si la nature était "gentille", comme si elle "roulait pour nous". Rappelons que la nature a inventé les poisons, les volcans qui polluent et d'autres trucs qui nous compliquent la vie. Elle a autre chose à faire que nous bichonner, la nature.
Pour en revenir aux "bio"carburants : le gag, c'est que bien entendu, le pétrole est un produit parfaitement biologique (tout comme le charbon et le gaz naturel). Cette "huile de pierre" (éthymologie de pétrole) est en fait une huile de plantes décomposées pendant 200 millions d'années. Une sorte de compost très poussé.
Donc, si l'éthanol de maïs n'est pas vraiment plus bio que l'essence tirée du pétrole, qu'est-ce qui fait la différence ? Les chiffres : il a fallu 200 millions d'années pour fabriquer tout le pétrole du monde, que nous aurons en gros goinfré en 200 ans. Un "biocarburant", lui, est tiré d'une plante qui vient de pousser en quelques mois et que l'on fera pousser à nouveau l'année prochaine. On consomme ce que l'on produit, au fur et à mesure, ce combustible est donc renouvelable.
Mieux : en brulant ce (bio) carburant, on relâche certes du carbone dans l'atmosphère (sous forme de CO2), mais ce carbone a précisément été capturé par la plante pas plus tard que l'année dernière ! En d'autre termes, l'opération est "carbone neutre". C'est au nom de ce principe que le chauffage au bois n'est pas stupide.
Mais, comme le soulignent divers spécialistes, et l'auteur que vous indiquez d'une manière particulièrement sévère, pour connaître le bilan final d'un candidat "bio" caburant, il faut étudier intégralement (c'est la règle en écologie) son cycle complet. Et c'est dans les recoins que cela se gâte. L'eau qu'il faut pomper alors qu'on en manque, les pesticides, le tracteur, les transports…
Le tableau s'assombrit encore quand on prend en compte les réalités socio-économiques. Comme le fait que, suite à la fièvre du bioéthanol aux États-Unis, le cours du maïs a grimpé en Amérique du Nord. Le citoyen US supporte de payer son pop-corn plus cher, mais la tortilla est le pain quotidien du Mexicain.
jeu. 24/05/07 20:03 | Registered CommenterPierre Vandeginste
Comme quoi derrière ces challenges du XXIe siècle qu'il faut que nous prenions en main, il y a des réflexions complexes : "du tissé ensemble". Et avec le complexe c'est pas pratique de "faire de la communication", il faut prendre du temps expliquer, apprendre, comprendre etc... C'est long.
Dame et Homme nature ont de bien bonnes idées, mais disons qu'elles ne sont pas toujours du goût des quelques singes qui nous gouvernent et qui ne pense qu'à leur place au chaud, longtemps, "moi je"...
Pardon les singes, pardon amis que nous exterminons ... entre autre pour faire pousser de l'huile de Palme : Bio. http://www.flickr.com/photos/cockroach/

Je me permets ce petit rappel qui n'a peut-être pas sa place ici (sorry) : Si nous nous apprêtons à être 12 milliards d'humains en 2050, il n'y aura à cette date plus aucun des représentants des 4 autres espèces de grands singes. Aujourd'hui ils sont 270 000, environ bien sur. Et ceci n'est qu'un des tristes exemples des trop nombreuses espèces que nous massacrons à ne pas penser à ce qui est tissé ensemble.
sam. 26/05/07 13:14 | Unregistered Commentervermeille
@vermeille
Les "hors sujet" sont les bienvenus, surtout de cette eau. Pas fichu de respecter ses plus proches cousins, l'homo qui se croit sapiens. Au risque de me citer moi-même: "L'humanité est un projet intéressant, on commence quand ?
Le combat est inégal : "homme des bois" (Orang Outang) vs l'homme qui déboise. Cela fait 10 000 ans que nous faisons cela, au départ pour cultiver, pour se sédentariser. Cela aurait pu rester raisonnable, mais dès lors que nous sommes 6 milliards…
À propos, les chiffres avancés par mes sources habituelles parlent plutôt de 9 ou 10 milliards d'humains en 2050, et d'ailleurs à peu près idem en 2100.
sam. 26/05/07 14:02 | Registered CommenterPierre Vandeginste
Oups, y'a bien plantade sur les chiffres...
En plus avec une pyramide des âges telles que celle
qu'on peut admirer pour 2050 d'après les simulations de l'onu qui s'arrêtent à cette date ...(sur ce site : http://www.ined.fr/fr/tout_savoir_population/jouer_population/simulateur_population/
... et ben les simulations libres projettent des chiffres de populations totales qui ne font que baisser ...
sam. 2/06/07 08:50 | Unregistered Commentervermeille
@vermeille
Très jolie "applet", sur ce site de l'Ined.
Dans le même ordre d'idées, je recommande le site de Hans Rosling, Gapminder, dont la substance a d'ailleurs été réadaptée chez Google. Voir ici :
http://www.gapminder.org
sam. 2/06/07 11:08 | Registered CommenterPierre Vandeginste
Ayant un petit pécule après la vente de mon domaine en Suisse, j'aimerais connaître les coûts d'investissement pour créer une plantation intensive de cette plante ainsi que la création d'une raffinerie pour produire du carburant. Pays visés : Ghana, Burkina Faso. Merci d'avance pour vos réponses, salutations, René
jeu. 7/06/07 22:57 | Unregistered CommenterRené Gonin
Désolé, je ne suis pas capable de répondre à cette question. Je vous recommande de commencer par suivre les quelques liens donnés en fin d'article.
jeu. 7/06/07 23:22 | Registered CommenterPierre Vandeginste


baba écrit :
« Je suppose que vous connaissez déjà ce papier qui apporte un éclairage différent sur un diesel qui n'est pas si BIO, Jatropha ou non.
http://petroleum.berkeley.edu/papers/patzek/thermodynmaics%20of%20co »

La vraie question est -ou sera bientôt, comme au Mexique- manger ou rouler, il faut choisir. Le papier ci-dessus la pose.
L'introduction, le « pitch » comme on dit maintenant, se termine par :

"Finally, I estimate that (per year and unit area) the inefficient solar cells produce ~100 times more electricity than corn ethanol. We need to rely more on sunlight, the only source of renewable energy on the earth."

Si je pouvais oser une traduction, ce serait :
« Finalement, j'estime que (par an et par unité de surface) des cellules solaires à rendement médiocre produisent environ cent fois plus d'électricité que l'éthanol de maïs. Nous sommes forcés de nous en remettre à la lumière solaire, la seule source d'énergie renouvelable sur terre. »

L'étude est détaillée sur 105 pages, irréfutable. Elle expose entre autres les aspects financiers de l'agro-industrie, les dégâts irréversibles sur l'environnement, les risques pour la santé humaine. Elle détaille les intrants et apports en énergie -directs et par agro-chimie interposée- nécessaires pour récolter le maïs dont une fraction sera transformée en éthanol.

@Pierre
Si la publication d'une traduction peut être envisagée, je serais content d'y contribuer. Contactez-moi directement.

mer. 20/06/07 12:05 | Unregistered CommenterJohn

@John
"L'étude est détaillée sur 105 pages, irréfutable."
Je ne suis pas expert en la matière. Mais je constate que ce papier, en l'occurrence, ne fait pas l'unanimité et a été réfuté. En particulier par d'autres chercheurs de Berkeley, dans Science en janvier 2006 :
http://www.berkeley.edu/news/media/releases/2006/01/26_ethanol.shtml
http://rael.berkeley.edu/EBAMM/

Ce n'est pas moi qui vais trancher entre ces deux équipes. Mais Science est une revue "peer reviewed", qui n'a pas la réputation de publier n'importe quoi…

Ce qui me semble clair, c'est que le rendement global de biocarburants du type maïs n'est, au mieux, pas terrible. Et que s'ajoute à ce rendement médiocre de gros problèmes éco-socio-politiques liés au fait que cette solution entre en concurrence avec l'agriculture alimentaire.

mer. 20/06/07 12:43 | Registered CommenterPierre Vandeginste

Tout est résumé dans ces quelques lignes :

"Once these changes were made in the six studies, each yielded the same conclusion about energy: Producing ethanol from corn uses much less petroleum than producing gasoline. However, the UC Berkeley researchers point out that there is still great uncertainty about greenhouse gas emissions and that other environmental effects like soil erosion are not yet quantified."

« Une fois ces changements faits dans les six études, chacune a apporté la même conclusion sur l'énergie :
la production d'éthanol à partir du maïs consomme beaucoup moins de pétrole que la produciton d'essence. »

On croit rêver, avait-on besoin de ces études pour arriver à la conclusion qu'on utilise moins de pétrole si on brûle de l'éthanol que si on brûle de l'essence ?

« Toutefois les chercheurs de Berkeley remarquent qu'il y a encore une grande incertitude sur les émisisons de gaz à effet de serre et que les autres conséquences environnementales, comme l'érosion des sols, ne sont pas encore quantifiées. »

Si on se penche sur les études elles-mêmes, on constate que la plus optimiste (Shapouri) table sur un rendement en kg par hectare supérieur de 20% (8746 contre 7310) à celle de Patzek (pas la plus pessimiste), malgré un coût en énergie du matériel agricole de 320 MJ/ha contre 6050 pour Patzek, un coût en énergie du travail agricole moitié moindre (574 contre 1098), et sur un
rendement en litres d'éthanol par hectare de 3463 contre 2719 (+30%)...
Moyennant ces différences et quelques autres (amendements en carbonates, sous-produits etc.), Shapouri trouve un rendement de 1,5, Patzek de 0,95.
En tout état de cause, personne n'a encore pris en compte l'épuisement des sols. Patzek considère que tous les déchets de fabrication doivent retourner à la terre, Shapouri les compte en positif dans la production d'énergie.
La vision optimiste de Shapouri (comme les autres, moins irréalistes) ne supporte pas la comparaison avec les solutions photovoltaïques, même si le facteur 100 (MJ par ha) de Paztek devait être ramené à 50.

Les chiffres admis en France donneraient une consommation de 0,9 litre de pétrole pour un litre de diester, « diesel de colza ». On admet que l'alimentation de la France en carburant agro-chimique demanderait une superficie de six cent mille kilomètres carrés (cinquante mille de plus que la surface totale du pays).

Il suffit de voir les effets de la déforestation au Brésil et la hausse des prix du maïs au Mexique pour confirmer que la question est effectivement celle de la concurrence avec l'agriculture alimentaire.

ven. 29/06/07 22:48 | Unregistered CommenterJohn

Mais qu'est-ce qu'on attend?

dim. 29/07/07 21:22 | Unregistered CommenterTom

Il y a un point qui m'échappe on parle d'un article sur le biodiesel (fabriqué à partir d'huile) et on réfute avec un article sur la production d'éthanol (donc bioessence si vous voulez...) pas logique.
Les agrocarburants (terme plus juste que biocarburant) peuvent être dans certain cas un bien, je pense notamment au jatropha. Mais s'il révèle en effet que grace à cette plante on évite une concurrence alimentaire, et qu'elle ne demande pas plus qu'elle ne rend, alors faut-il encore qu'elle soit utilisée à bon escient, en effet, si nous petit européen, et gros consommateur nous mettons à faire venir le biodiesel d'Afrique, alors mieux vaut consommer ce qu'il nous reste de pétrole.

Pour conclure selon moi, à chaque endroit sa solution. Mais ce qui est sur c'est que le plus important n'est pas de remplacer le pétrole, mais bien de limiter sa consommation, car dans le cas contraire il n'y aura pas plus d'agriculture à cause des agrocarburants, mais à cause des routes et parkings...

ven. 21/09/07 16:19 | Unregistered Commentersuzanne

Nous commençons à peine à nous intéresser aux bio-diesels et nous sommes ravis de savoir que beaucoup de recherche ont déjà été menées dans ce sens, et surtotut sur jatropha, une plante qui ne nous servait dans l'enfance qu'à faire des bougie à l'aide de ses graines décortiquées.
Notre intérêt actuel est de savoir comment réussir à constituer une bonne collection variétale pour cette espèce au Cameroun dans le but de commencer certaines recherches. Aidez-nous !

mer. 26/09/07 10:29 | Unregistered CommenterNdioro à Mbassa

@ Suzzane
D'accord avec vous :
« le plus important n'est pas de remplacer le pétrole, mais bien de limiter sa consommation, »
Plus généralement, c'est la consommation d'énergie qu'il faut réduire, volontairement maintenant que c'est possible, avant que ça devienne obligatoire et douloureux.
Sur le point qui vous échappe, le lien entre agro-éthanol et agro-diesel, vous avez donné la réponse : même combat, ces cultures intensives épuisent les sols et il n'y aura bientôt plus de culture du tout. La concurrence alimentaire existe de toutes façons parce que les surfaces cultivables ne sont pas infinies.
Selon les différents études sur l'éthanol, un plein de 40 litres représente 250 kg de céréales ou équivalent, soit la ration de calories pour un homme pendant un an.
Même si l'agro-diesel ne représente « que » 200 kg, ce n'est ni viable ni justifiable.
Un livre ingtéressant vient de paraître :
La faim, la bagnole, le blé et nous

mar. 9/10/07 13:54 | Unregistered CommenterJohn

J'arrive un peu tard sur le forum, mais ça n'est pas si grave vu qu'au final on y parle malheureusement peu de japhora. Quelqu'un a t'il des liens à proposer concernant des résultats d'essai en milieu semi arride ( puisque c'est là que la plante présente tout son intérêt ) ou des informations techniques détaillées sur la production, la récolte des graines, l'extraction de l'huile, les réseaux de commercialisation, etc... Bref du concret !

ven. 9/11/07 02:35 | Unregistered CommenterFred

Merci Fred pour cette précision. Vos remarques m'interressent aussi.

dim. 11/11/07 22:21 | Unregistered CommenterBamba

j ajoute que suis en Côte d'Ivoire.j 'ai de la terre, des structures qui proposent des semences, des techniciens agricoles capables de suivre la production.Mes inquiétudes concernent surtout le marché.Merci

dim. 11/11/07 22:28 | Unregistered CommenterBamba

PostPost a New Comment

Enter your information below to add a new comment.
Author Email (optional):
Author URL (optional):
Post:
 
Some HTML allowed: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <code> <em> <i> <strike> <strong>