L’odeur des autres
Ce bocal contient un échantillon d’odeur humaine. On peut en voir dans quelques musées, en Allemagne, notamment le Stasi Museum, à Berlin. La police secrète de l’ex-RDA utilisait ce type de récipient pour stocker des échantillons d’odeur prélevés sur des opposants au régime. Le remarquable film La vie des autres, de Florian Henckel von Donnersmarck, laisse entrevoir comment la Stasi récupérait ces odeurs jusque sous les fesses de ses victimes. Au cours des interrogatoires, en effet, le suspect était assis sur une astucieuse chaise, qui sous une apparence anodine comportait une sorte de capteur de sueur.
Low-tech, mais terriblement efficace. Précieusement stocké dans un flacon étanche, l’échantillon pouvait être conservé des années et être exhumé à tout moment des archives pour être soumis au flair d’un chien policier.
Tout ceci est du passé, bien sûr. Sauf que… l’odorologie est employée par notre police scientifique à Écully (près de Lyon), depuis qu’une équipe y a développé des compétences dans cette discipline importée en 1999 de… Hongrie (non, aucune allusion ici). Typiquement, on récupère une odeur corporelle sur un siège de voiture et un chien spécialement dressé saura désigner son propriétaire. Mais cette technique serait utilisée parcimonieusement, dans le cadre d’enquêtes criminelles. Il n’est pas question, jusqu’à plus ample informé, de créer un vaste fichier d’odeurs de dissidents.
La vieille Europe n’a pas le monopole. Ainsi un appel d’offre lancé le 6 mars dernier par une agence dépendant du Département d’état états-unien cherche, entre autres choses, un fournisseur pour un Human Scent Collection System dernier cri. On utilise déjà, explique le document, un dispositif de collecte des odeurs humaines, mais il est… « trop encombrant et fragile ». Et c’est pourquoi la TSWG (Technical Support Working Group), dont le rôle est de fournir en technologies la lutte contre le terrorisme, finance la mise au point d’un capteur d’odeurs discret et en alliage léger. Tous les détails sont dans ce document (page 31). Mais non, il ne s’agit en aucun cas de renifler tous les citoyens US qui ne seraient pas en odeur de sainteté…
Ce n’est pas tout. La Darpa (agence US de financement de la recherche militaire) prépare la suite avec un programme visant à passer du flair canin à la biologie moléculaire. Adieu le bocal de verre, l’odorologie high-tech est en vue. Via Neurophilosophy & DefenseTech.



Reader Comments (7)
(pfff...pas mieux, c'est jour férié...)
Les boites hermétiques avec l'odeur des opposants...
C'est ça qui est bien avec les salauds : ils ne sont jamais a court d'idée !
une chronique sur l'odorologie sur France 5, février 2010 :
http://www.youtube.com/watch?v=_3txC5_tyow