20 ans d'écrans "multi-touch"
Steve Jobs a provoqué un formidable « Wow ! » à Macworld, et dans le monde, en faisant le 9 janvier dernier la démo du iPhone. Un geste, restitué sur écran géant, a particulièrement marqué les esprits : lorsqu’il zoome sur une photo, en appliquant son pouce ET son index sur l’écran puis en les écartant. Magique. Le monde connaissait un peu l’écran tactile, il découvrait l’écran « multi-tactile » (« multi-touch »).
Si son application au iPhone est une prouesse, l’écran multi-tactile est loin d’être tout neuf. Les recherches en ce domaine remontent à plus de 20 ans. Bill Buxton, un pape de l’IHM (Interaction homme-machine), en fut l’un des premiers acteurs. J’ai connu ce chercheur canadien il y a dix ans alors que je concoctais un numéro spécial de La Recherche sur l’IHM (L’ordinateur au doigt et à l’œil, mars 1996). Son article nous fit découvrir toutes sortes d’écrans étonnants.
En 1985, Bill Buxton, alors chercheur à l’Université de Toronto, présentait déjà à CHI (« Computer Human Interface », la grande messe annuelle de l’IHM) un papier titré : A Multi-Touch Three Dimensional Touch-Sensitive Tablet. Bien d’autres suivront (voir ici et là) sur ce thème. Et les équipes travaillant sur le multi-tactile se multiplieront. Bill Buxton conte cette épopée ici.
Le Digital Desk de Pierre Wellner, l’une de mes plus grosses surprises dans mes voyages en territoire IHM, est un cas à part. Cette maquette, plutôt que prototype, montre, dès 1991, une interaction à deux doigts, comme sur un écran tactile actuel, mais en l’occurrence sans écran. Elle repose sur la projection et la vision. À voir absolument.
Les choses se précisent en 2001 quand le Diamond Touch est mis au point au Mitsubishi Research Labs, à Cambridge (MA). On peut y jouer à quatre mains et plus, et il reconnaît même chaque utilisateur grâce à un bidule porté à la ceinture. L’objet est commercialisé depuis quatre ans environ.
Jun Rekimoto (Sony Computer Science Laboratories, Tokyo), à CHI 2002, démontre SmartSkin (vidéo), un dispositif capable d’apprécier la distance du doigt à l’écran.
En 2003, l’entreprise JazzMutant dévoile un écran multi-tactile qu’elle emploie dans son Lemur, un contrôleur Midi destiné à piloter un studio de musique électronique (vidéo, encore). C’est, d’après Bill Buxton, le premier produit commercialisé au monde intégrant un écran multi-touch. JazzMutant est sise à Bordeaux (France).
Depuis 2004, c’est la bousculade. Entre autres, Microsoft Research s’y met, avec son projet TouchLight d’Andrew Wilson, qui enchaînera avec PlayAnywhere. Son approche repose sur la vision. Puis, en 2005, Matsushita propose un écran qui voit littéralement l’ombre des doigts. Il comporte tout simplement des pixels rouges, verts, bleus et… d’autres photosensibles.
Et puis il y a Jeff Han, un chercheur de la NYU (New York University). Lui est un peu connu depuis que la vidéo de sa prestation devant le public de TED 2006 a fait le tour des blogs technoïdes. Un excellent article de Fast Company propose une nouvelle démo. Éblouissant !



Reader Comments (12)
Et toujours concernant l'écran de l'iPhone, les seules démonstrations que nous avons ne nous montre que l'utilisation avec 2 doigts. Est-ce un "dual-touch", ou un vrai "multi-touch" ?
En tout cas, chapeau Apple pour l'interface !
Aux States, Apple a signé un accord d'exclu avec Singular/ATT, qui n'est pas le meilleur opérateur mais qui a un grand réseau GSM. Car iPhone sera GSM et rien d'autre, soyons sérieux. Cela ne va pas les aider à le vendre : réputation moyenne de l'opérateur, tout le monde n'aura pas envie d'y passer… Mais on dirait bien qu'ils avaient besoin, au moins dans un premier temps, d'en passer par là pour bénéficier d'un coup de main promo. On ne sait pas quelle part de la facture paye Singular…
Je ne serais pas étonné que Steve Jobs parie bien plus sur l'Europe et l'Asie, les continents qui ont des réseaux téléphoniques modernes, plus que sur les States, qui sont en retard. Est-ce qu'ils signeront en exclu avec Orange ou SFR ? Sans doute mais je ne jurerais de rien.
En tout cas, moi j'admire la performance. Inventer un téléphone révolutionnaire, bon, c'est pas évident mais on peut attendre ça d'Apple. Réussir à faire avancer la téléphonie mobile malgré le pouvoir de nuisance des opérateurs, ça ce serait fortiche. Je dis "serait" parce que ce n'est pas encore fait.
Concernant l'Europe, a priori on se dirige vers une exclusivité avec orange... -> http://www.lorhkan.com/index.php/2007/01/31/85-l-iphone-arrivera-en-france-sans-doute-avec-orange
Bon, ben je vais résilier mon abonnement chez Orange… pour en signer un autre avec le même. Histoire de faire subventionner mon iPhone ;-)
L'un des commentaires les plus intéressants qu'il m'a été donné de lire à propos du iPhone (et des écrans tactiles) est le plaisir retrouvé du toucher dans l'utilisation de l'ordinateur, par opposition à la souris interposée.
P.-S. Très joli blogue. Je comprends que vous soyez séduit par le iPhone ;-)
Et à propos du "plaisir" du toucher que vous soulignez, cela me fait penser à des discussions que j'ai eu plusieurs fois avec des gens qui pensent que JAMAIS le eBook ne pourra remplacer le VRAI livre, que nous aimons, bien sûr, comme il est, avec son odeur (de cuir ? pas souvent) et son toucher si agréable (OK dans le cas de la Pléiade, mais sinon…). Je leur répond invariablement : vous avez déjà observé un djeune en train de… caresser son iPod ?
Je vois ce que tu veux dire, mais d'un autre côté, la position debout n'est plus très en vogue. Cela dit, les dessinateurs industriels étaient encore debout il y a peu, avant la CAO. Est-ce que c'est l'ordinateur qui les a fait assoir ?
Peut-être que tu as raison et que la "nouvelle informatique" pourrait leur proposer de se remettre debout… Un peu comme certaines recherches proposent le "re-embodiement", c'est à dire le retour à des solutions (on parle de "réalité augmentée") passant par des relations physiques avec des objets.